Chiner des livres en brocante : 10 trouvailles cultes

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Image par AnnetteG de Pixabay
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Il est 7h12, il bruine, vous avez payé 2 euros votre café dans un gobelet qui brûle les doigts, et vous êtes accroupi devant un cageot de pommes reconverti en rayon librairie. Dedans : trois Bibliothèque Verte à la tranche cartonnée, un Marabout Flash sur l’élevage des poules, et un roman dont la couverture montre un homme torse nu sur un voilier. Le vendeur, emmitouflé dans une polaire, lâche la phrase rituelle : « Les livres, c’est 1 euro. Si vous en prenez trois, je vous fais 2. » Vous venez de vivre le moment le plus pur de la brocante du monde des livres. Bienvenue dans le club.

Chiner des livres en brocante, ce n’est pas faire les soldes. C’est de la pêche au coup. On ne sait jamais ce qu’on va remonter, et c’est précisément pour ça qu’on y retourne le dimanche suivant, avec un sac Ikea plié dans la poche, comme un professionnel.

Le classement officieux des livres qu’on trouve toujours en brocante

Après des années de terrain, de genoux mouillés et de dos cassé, une évidence s’impose : certains livres semblent se téléporter d’une brocante à l’autre. Voici le top 10, du plus banal au plus émouvant.

10. Le Reader’s Digest relié faux cuir

Impossible d’y échapper. Ces volumes bordeaux ou vert bouteille, dos doré, tranche impeccable, qui contiennent quatre romans condensés dont personne n’a jamais lu le troisième. Ils trônaient dans le meuble-bibliothèque en teck du salon, entre le vase en opaline et la photo de communion. Leur particularité : ils sont toujours en parfait état, preuve définitive qu’ils n’ont jamais été ouverts. Les vendeurs vous les fourguent par lots de huit avec un enthousiasme suspect.

9. Le dictionnaire médical de la famille

Gros, lourd, illustré de planches anatomiques en couleurs avec des calques superposés qu’on soulevait avec un mélange d’horreur et de fascination. C’est dans ce livre qu’une génération entière a appris à s’auto-diagnostiquer quatorze maladies incurables entre le goûter et le dîner. Aujourd’hui remplacé par un moteur de recherche, ce qui n’a strictement rien changé au niveau d’anxiété.

8. Les manuels scolaires oubliés

Un Bescherelle à la couverture bleue écornée, une grammaire au titre sévère, un livre d’histoire-géo avec des cartes où certains pays n’existent plus sous ce nom. Et surtout, le graal du chineur nostalgique : le nom d’un ancien élève écrit au stylo bille sur la page de garde, parfois accompagné d’une classe, d’une année, et d’un dessin de guitare électrique dans la marge.

7. Le livre de recettes taché

Celui-là, on le repère à l’odeur. Les pages gondolées, une auréole de gras sur la recette du gratin dauphinois, une fiche cuisine découpée dans un magazine et glissée entre deux chapitres. Parfois, une écriture manuscrite dans la marge : « en mettre moins » ou « trop cuit, baisser four ». C’est un livre de cuisine, mais c’est aussi le journal intime d’une cuisine entière.

6. Le Harlequin jauni

Il ne voyage jamais seul. On le trouve en tas, dans une caisse en plastique, vendu au poids ou presque. Couvertures pastel, titres à base de passion, d’héritage et de secret, et ce papier qui a pris la teinte d’un vieux café au lait. Le vendeur détourne le regard. Vous aussi. Et pourtant quelqu’un les a lus, tous, avec une vraie ferveur, et c’est plutôt beau.

5. Le guide touristique périmé

Un guide sur l’Espagne, la Yougoslavie ou la Bretagne, avec des photos aux couleurs saturées, des prix en francs, et des conseils pratiques devenus des documents historiques : les horaires d’un train qui ne circule plus, l’adresse d’un hôtel qui est aujourd’hui un parking. On l’achète pour la couverture et on le garde pour les publicités des dernières pages.

4. Le Marabout Flash

Petit format, couverture colorée, tranche épaisse d’un centimètre et demi, et un aplomb sans égal. La collection prétendait tout vous apprendre en cent pages : le bridge, le camping, les nœuds marins, l’élevage des lapins, la graphologie, la décoration du salon. On les trouve encore par paquets, et on en achète toujours un « pour le principe », en se disant qu’un jour on saura vraiment faire un nœud de chaise.

3. Le club des cinq et la Bibliothèque Rose

Là, la main tremble un peu. La Bibliothèque Rose et la Bibliothèque Verte, avec leurs illustrations intérieures en noir et blanc, leur papier un peu épais, leur odeur si particulière. Le Club des Cinq, Fantômette, Alice, Le Clan des Sept. Vous ne les achetez pas pour les relire. Vous les achetez parce que vous avez exactement neuf ans pendant les huit secondes où vous les tenez.

2. La BD en album cartonné

Un Astérix au dos plié quarante fois, un Tintin dont la couverture a viré au rose parce qu’il a passé trois ans devant une fenêtre, un Gaston avec une page recollée au scotch devenu jaune. Les prix montent vite sur ce rayon, les vendeurs le savent. Mais c’est là qu’on trouve encore, de temps en temps, un album qu’on avait emprunté à la bibliothèque municipale et jamais fini.

1. Le livre avec une dédicace à quelqu’un d’autre

« Pour Michel, en souvenir de nos vacances à Royan, Noël 1974. » Trois lignes à l’encre bleue, une écriture appliquée, et soudain vous tenez un morceau de vie qui ne vous appartient pas. C’est la trouvaille la plus émouvante de la brocante, et paradoxalement la moins chère. Personne n’en veut. Vous, si.

Les lois non écrites du chineur de livres

Chiner des livres en brocante, c’est un art qui obéit à quelques règles que personne ne vous expliquera jamais.

  • La loi du cageot du bas : le livre que vous cherchez est toujours dans la caisse posée par terre, sous une autre caisse, elle-même sous un carton de vaisselle.
  • La loi de l’heure : arrivez tôt pour la qualité, tard pour le prix. Le compromis parfait n’existe pas, c’est un mythe de brocanteur.
  • La loi du tome manquant : la collection est complète sauf le tome 3. Toujours le tome 3.
  • La loi de l’odeur : ouvrez le livre et sentez-le. Papier chaud et vanillé, c’est bon signe. Cave humide et champignon, reposez délicatement.
  • La loi du sac : vous partirez toujours avec plus de livres que de place dans la voiture. Prévoyez la banquette arrière, et une explication convaincante.

Les vrais trésors se cachent dans les détails

Le plaisir de chiner des livres ne tient pas au titre, mais à ce qui s’est glissé dedans. Un chineur expérimenté feuillette systématiquement, du pouce, de la première à la dernière page. Et ce qui tombe vaut souvent plus que le livre lui-même.

  • Un ticket de métro poinçonné, servant de marque-page depuis trente ans.
  • Une fleur séchée, aplatie, devenue presque transparente.
  • Une carte postale jamais envoyée, avec l’adresse commencée puis abandonnée.
  • Une liste de courses au dos d’une facture : « pain, lessive, timbres, appeler maman ».
  • Un ex-libris tamponné d’une bibliothèque de patronage.
  • Une photo d’identité en noir et blanc d’un inconnu au regard sérieux.

On repart avec un roman à 50 centimes et un fragment de biographie anonyme. Difficile de faire mieux en termes de rapport émotion-prix.

Petit lexique du vendeur de livres en brocante

Le dialogue est codifié. Apprenez à décoder.

  • « Ils sont à 1 euro, mais faites votre prix » : ils sont à 1 euro.
  • « C’était la bibliothèque de ma tante » : traduction, personne dans la famille n’a voulu les garder, et ça se comprend pour les Reader’s Digest.
  • « Celui-là, il vaut cher sur internet » : il ne vaut pas cher sur internet.
  • « Je vous fais le lot » : phrase magique, acceptez immédiatement.
  • « Attention, il y a un tome qui manque » : honnêteté rare, ce vendeur mérite votre confiance et votre monnaie.

Et après ? La vie d’après du livre chiné

Soyons lucides deux minutes. Sur dix livres rapportés d’une brocante, vous en lirez peut-être deux. Trois finiront en décoration sur une étagère parce que la couleur de la tranche s’accorde avec le mur. Un sera offert. Deux seront reposés dans une boîte à livres avec un sentiment de devoir accompli. Et deux repartiront un jour dans une autre brocante, sur une autre table en tréteaux, où quelqu’un d’autre les soulèvera en disant : « Tiens, j’avais le même quand j’étais petit. »

C’est ça, au fond, la magie du livre chiné. Il ne s’achète pas, il circule. Il passe de main en main, de grenier en cageot, et à chaque étape il ramasse un peu plus de souvenirs qu’il n’en avait au départ.

Et vous, quelle a été votre plus belle trouvaille sur une table de brocante ? Un album que vous cherchiez depuis vingt ans, une dédicace bouleversante, un Marabout Flash sur un sujet improbable, ou ce livre d’école avec votre propre nom écrit dessus ?

Laurent

Journaliste depuis plus de 30 ans, j'ai travaillé pour la presse magazine et d'information nationale et régionale. Par ailleurs je suis aussi passionné de vintage et auteur de plusieurs livres sur le sujet comme "Les années flipper" ou encore "Les années baby-foot", parus aux éditions Akapella. Le site Nos Années Vintage me permet d'élargir les thématiques autour du vintage.