Commodore 128 : une machine fascinante

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Regardez cette machine. Observez ses lignes. Sur la photo ce beige utilitaire et ce clavier étendu ne trompent pas. Nous ne sommes plus devant le sympathique « boîte à pain » (le Commodore 64) qui a démocratisé l’informatique familiale. Non, nous sommes face à son grand frère, plus sérieux, plus complexe, et tragiquement coincé entre deux époques. Le Commodore 128 est une anomalie fascinante de l’histoire de l’informatique, une tentative désespérée et brillante de marier le monde professionnel et le divertissement pur.

Alors que l’année 1985 s’ouvre, le monde de la micro-informatique est en ébullition. Apple a lancé son Macintosh. Atari prépare son ST. Commodore vient d’acheter Amiga. Et pourtant, la firme de Jack Tramiel (même s’il est parti fonder la concurrence) décide de lancer ce monstre à trois têtes. Pourquoi ? Comment ? Et pourquoi devriez-vous absolument en posséder un aujourd’hui ? Plongeons dans les entrailles de la bête.

Une architecture schizophrène : trois ordinateurs en un

Ce qui frappe d’abord sur votre cliché, c’est l’abondance de touches. Le pavé numérique à droite. Les flèches de direction isolées en haut. La rangée de touches de fonction au-dessus du clavier principal. Tout cela trahit la nature profonde du C128 : c’est une machine qui refuse de choisir son camp.

Le Commodore 128 n’est pas un simple ordinateur. C’est un véritable tour de force d’ingénierie qui abrite, en réalité, trois modes distincts.

1. Le mode C128 natif

C’est le mode par défaut à l’allumage. Ici, la machine respire. Elle profite de ses 128 Ko de mémoire vive (extensibles, un luxe pour l’époque !). Le BASIC 7.0 intégré est une merveille comparé au BASIC 2.0 archaïque du C64. Fini les PEEK et POKE obscurs pour jouer un son ou afficher un sprite. Le BASIC 7.0 comprend des commandes comme SOUND, SPRITE ou PLAY. Pour le programmeur en herbe de 1985, c’est une révolution. L’écran s’affiche en 40 ou 80 colonnes, offrant une netteté qui permettait enfin de faire du traitement de texte sérieux sans s’abîmer les yeux.

2. Le mode C64 : la rétrocompatibilité parfaite

C’était l’argument de vente absolu. « N’ayez pas peur de changer, vous ne perdrez pas vos jeux « , conseillait le vendeur. En tapant GO64, ou en maintenant la touche Commodore au démarrage, la machine se transforme littéralement. Elle désactive ses circuits avancés pour devenir un Commodore 64 parfait. Contrairement à d’autres machines qui utilisaient l’émulation logicielle, ici, c’est du matériel. Le processeur vidéo VIC-II et le processeur sonore SID sont bien là. C’est cette sécurité qui a convaincu des millions de parents d’acheter le C128 pour les « études » des enfants, sachant pertinemment que la ludothèque immense du C64 tournerait dessus.

3. Le mode CP/M : l’offensive professionnelle

C’est l’aspect le plus étrange et le plus audacieux. Le C128 intègre un deuxième processeur : le Zilog Z80. Oui, le même que dans les machines concurrentes comme l’Amstrad CPC ou le ZX Spectrum. Ce processeur servait uniquement à faire tourner le système d’exploitation CP/M, le standard professionnel avant que MS-DOS ne l’écrase. L’idée était de permettre aux comptables et aux écrivains d’utiliser des logiciels de bureau sérieux comme WordStar. En pratique ? C’était lent. Terriblement lent. Le Z80 devait passer par les bus du Commodore, créant un goulot d’étranglement technique. Mais l’intention était là : offrir une machine universelle.


Le design : l’ère du « plastique pro« 

Revenons au design de la machine. Elle capture parfaitement l’esthétique de transition du milieu des années 80. Fini le design rondouillard et haut du C64. Le C128 adopte un profil bas, fuyant, plus « aérodynamique« .

Le boîtier intègre une poignée de transport (sur certains modèles) ou du moins une ergonomie pensée pour le bureau. Le clavier est sans doute l’un des meilleurs de la gamme Commodore. La réponse des touches est plus franche.

Notez les inscriptions spécifiques visibles sur la photo : « 40/80 DISPLAY ». Cette touche est le symbole de la dualité de la machine. Elle permettait de basculer entre l’affichage composite classique (pour la TV du salon) et l’affichage RGBI (pour les moniteurs dédiés). Car oui, le C128 possède deux puces vidéo ! Le VIC-IIe pour les jeux et le graphisme, et le mystérieux VDC (8563) pour l’affichage haute résolution en 80 colonnes.

Ce processeur VDC est une légende à lui seul. Officiellement, il ne servait qu’au texte. Mais des démosceneurs de génie ont découvert plus tard qu’on pouvait le « torturer » pour afficher des graphismes haute résolution. Pour rappel, la demoscene est un mouvement artistique mêlant programmation, musique et design, né dans les années 80.


Une ludothèque entre deux mondes

Le drame du Commodore 128, c’est que peu de développeurs ont osé l’exploiter à fond. Pourquoi se fatiguer à programmer pour le mode C128 (parc installé restreint) alors que le mode C64 touche des dizaines de millions de foyers ?

Pourtant, quelques perles existent. Des jeux vidéo comme The Last V8 ou Kikstart 128 utilisent le mode natif. Mais la véritable force du C128 pour le joueur, c’était la vitesse de chargement. Associé au lecteur de disquettes 1571 (le compagnon naturel du C128), l’ordinateur utilisait un « burst mode » qui accélérait considérablement les transferts. Charger un jeu devenait (presque) rapide.

Pour la majorité des utilisateurs français, le C128 est resté un « Super C64 ». On l’achetait pour le prestige, pour le clavier numérique bien pratique, et pour se dire qu’on avait le top du top. Au final, on insérait la disquette de Commando ou de Bubble Bobble et on jouait en mode 64.


Collectionner le C128 aujourd’hui

Vous avez cette machine sous les yeux, ou vous envisagez d’en acquérir une ? Voici ce que l’expert vintage doit savoir. Le Commodore 128 est une pièce de choix, mais elle est capricieuse.

1. La fiabilité

C’est une machine complexe. La carte mère est dense, peuplée de puces propriétaires fragiles (les PLA). Si votre C128 affiche un écran noir au démarrage, le diagnostic peut être long. Contrairement au C64 où tout est documenté à l’extrême, le C128 garde encore quelques mystères pour les réparateurs amateurs.

2. L’alimentation : danger !

Comme pour tous les Commodore de cette époque, le bloc d’alimentation d’origine (« la brique ») est une bombe à retardement. Avec l’âge, il a tendance à envoyer une surtension sur le rail 5V, grillant immédiatement les puces précieuses de l’ordinateur. Si vous récupérez un C128, n’utilisez jamais l’alimentation d’origine sans l’avoir testée ou, mieux, remplacez-la par une solution moderne.

3. Le jaunissement

Le plastique ABS utilisé par Commodore contient des retardateurs de flamme au brome qui réagissent aux UV. Votre photo montre un modèle relativement propre, mais beaucoup sont devenus marron caca d’oie. Heureusement, le « Retrobright » (un mélange de peroxyde d’hydrogène et d’UV) permet de leur redonner leur éclat d’antan.

4. La côte

Le C128 est moins courant que le C64. Sa côte a grimpé en flèche ces dernières années. Un modèle complet en boîte, avec son lecteur 1571, est un investissement. C’est la pièce manquante de beaucoup de collections, souvent négligée au profit de l’Amiga 500, mais essentielle pour comprendre la transition 8-bits / 16-bits.


Pourquoi on l’aime encore ?

Le Commodore 128 est touchant. C’est le dernier des Mohicans. Il représente la fin d’une ère où l’on allumait son ordinateur et où l’on tombait sur un curseur clignotant « READY« , nous invitant à créer, à taper du code, à comprendre la machine.

Le C128 est sorti à un moment où l’industrie basculait vers les interfaces graphiques (Mac, Amiga, ST). Il était obsolète dès sa sortie, et pourtant, il a tenu bon. Il a ses fans inconditionnels, ses démos techniques qui poussent le Z80 et le 8502 dans leurs derniers retranchements.

Avoir un C128 sur son bureau, c’est posséder un morceau d’histoire de l’ambition technologique. C’est célébrer l’ingéniosité des ingénieurs qui ont dit : « Pourquoi choisir ? Mettons tout dans la même boîte. »

Alors, osez rebrancher ce clavier. Tapez GO64. Lancez un jeu. Ou mieux, tapez 10 SOUND 1, 4000, 10 : GOTO 10 et écoutez chanter la puce SID. C’est ça, la vraie magie vintage.


FAQ : Vos questions sur le Commodore 128

Q : Puis-je utiliser mes manettes de C64 sur un C128 ?

R : Absolument. Les ports joystick sont identiques (DB9). Vos manettes Atari ou Commodore fonctionneront parfaitement en mode C64 comme en mode C128.

Q : À quoi servent les touches V1, V2, V3, V4 au-dessus du pavé numérique ?

R : Ce sont des touches de fonction programmables supplémentaires, utilisées principalement en BASIC 7.0 ou dans les logiciels professionnels. Dans la plupart des jeux, elles ne servent malheureusement à rien.

Q : Peut-on brancher le C128 sur une TV moderne ?

R : Oui, via la sortie vidéo composite (la prise DIN 8 broches). Il vous faudra un câble vidéo spécifique C64/C128 vers Péritel ou RCA. Cependant, pour profiter du mode 80 colonnes, il faut un câble spécial sortant sur la prise RGBI (DB9), difficilement compatible avec les TV modernes sans adaptateur complexe.

Q : Quelle est la différence entre le C128 et le C128D ?

R : Le C128 (celui de votre photo) a le clavier intégré à l’unité centrale. Le C128D est une version « Desktop » avec une unité centrale séparée, un clavier détachable et un lecteur de disquettes 1571 interne. Le C128D est souvent plus recherché pour son look « PC professionnel ».

Q : Le C128 est-il plus puissant que l’Amstrad CPC 6128 ?

R : Vaste débat de cour de récréation ! En termes de processeur pur, le Z80 de l’Amstrad est plus rapide que le mode Z80 du Commodore. Mais le C128 a l’avantage de ses puces dédiées (Sprite, Son SID) qui déchargent le processeur principal. Graphiquement, l’Amstrad a plus de couleurs à l’écran, mais le Commodore a un défilement (scrolling) beaucoup plus fluide. Match nul ?