Clac. C’est le son inimitable d’une cartouche de Super Nintendo qui s’enclenche. Bling. C’est le jingle de démarrage de la Master System II, gravé dans nos mémoires. Le retro gaming, notamment le console retro gaming, est bien plus qu’un simple hobby. C’est un acte de préservation culturelle. C’est une quête pour retrouver les sensations pures d’une époque où les jeux vidéo, loin d’être des expériences en ligne multijoueurs, étaient des aventures solitaires ou des batailles acharnées sur un canapé, avec un seul écran partagé.
Pour les lecteurs de nosanneesvintage.fr, l’appel du pixel est puissant. Mais par où commencer ? Le monde du retro gaming est un labyrinthe merveilleux, rempli de trésors, mais aussi de pièges, de termes techniques et de prix qui peuvent parfois sembler déconnectés de la réalité. Comment passer de la simple nostalgie à une collection tangible et épanouissante ?
Nous allons aujourd’hui vous guider, pas à pas, dans la construction de votre première collection de consoles vintage. Attachez vos ceintures, nous remontons le temps.
- Étape 1 : Pourquoi collectionner les consoles retro gaming ?
- Étape 2 : Choisir son terrain de jeu
- Étape 3 : Les consoles retro gaming pour débuter (Les grandes ères)
- Étape 4 : Où trouver ces trésors ?
- Étape 5 : L'inspection : les pièges à éviter
- Les jeux (Software)
- Étape 6 : Le défi technique : brancher le passé sur le présent
- Étape 7 : Budget et réalités du marché de la console retro gaming
Étape 1 : Pourquoi collectionner les consoles retro gaming ?
Avant même de dépenser votre premier euro, la question fondamentale est celle-ci : pourquoi voulez-vous collectionner ? Votre réponse déterminera la nature, la taille et le budget de votre future collection.
- Le joueur nostalgique : Vous voulez simplement rejouer aux jeux de votre enfance. Votre but est le plaisir de jeu. L’état cosmétique des boîtes vous importe peu. Vous pouvez vous contenter de consoles « en loose » (sans boîte) et n’avez pas besoin des éditions les plus rares.
- Le conservateur : Vous voyez ces objets comme un patrimoine. Vous recherchez des pièces « CIB » (Complete In Box), c’est-à-dire avec la boîte, les manuels et les inserts en polystyrène d’origine. C’est un engagement plus coûteux, mais visuellement très gratifiant.
- Le spécialiste : Vous vous concentrez sur un créneau très précis. Peut-être les Shoot ’em up japonais sur PC Engine, ou l’intégralité de la ludothèque d’une seule console. C’est une quête d’érudit.
- L’investisseur : Certains voient le retro gaming comme un marché. Ils traquent les jeux sous blister (scellés) et spéculent sur leur valeur. C’est une approche, mais souvent loin de la passion initiale.
Notre conseil ? Commencez comme un joueur nostalgique. Laissez le plaisir de jeu guider vos premiers achats. La fièvre de la collection « CIB » viendra bien assez tôt.
Étape 2 : Choisir son terrain de jeu
N’essayez pas de tout collectionner. C’est la voie royale vers la frustration et la ruine financière. Le retro gaming couvre plus de 30 ans et des dizaines de consoles. Vous devez choisir un cap.
Voici quelques approches populaires pour débuter :
- Par génération (la plus simple) :
- L’ère 8-bits : NES et Master System. C’est la base, le retour aux sources du jeu moderne.
- L’ère 16-bits : Super Nintendo et Mega Drive. Pour beaucoup, c’est l’âge d’or du pixel art, de la 2D et des musiques inoubliables.
- Par constructeur (la loyauté) :
- La voie Sega : De la Master System à la Dreamcast, une collection pleine de caractère et d’une touche « arcade ».
- La voie Nintendo : De la NES à la N64, une collection axée sur des licences fortes et une qualité de jeu souvent irréprochable.
- La voie Sony : La PlayStation 1, à elle seule, offre une ludothèque colossale qui a redéfini le jeu en 3D.
- Par genre (l’expert) :
- « Je ne collectionne que les RPG japonais. »
- « Je veux tous les jeux de combat 2D. »
Pour un débutant en France, la guerre des 16-bits (Super Nintendo vs. Mega Drive) reste le point d’entrée le plus accessible et le plus gratifiant. Les consoles sont robustes, les ludothèques immenses et les prix des jeux courants encore raisonnables.
Étape 3 : Les consoles retro gaming pour débuter (Les grandes ères)
Plongeons dans l’histoire. Voici les machines que vous croiserez le plus souvent.
Les pionniers (l’ère Atari, 1977-1983)
- L’Atari 2600 : Avec son look boisé inimitable (pour la première version), c’est la genèse du jeu à la maison. Les jeux sont simplistes, souvent des scores. C’est une pièce d’histoire. Pitfall! et Space Invaders sont ses étendards. C’est une collection très abordable, mais dont la jouabilité peut sembler aride aujourd’hui.
- Le ColecoVision : Moins connu, mais techniquement supérieur à l’Atari. C’est la console qui a apporté les vrais jeux d’arcade (comme Donkey Kong) à la maison.
L’âge d’or 8-bits (1985-1990)
- Nintendo NES : Le monstre gris qui a sauvé l’industrie. Des classiques absolus (Super Mario Bros. 3, The Legend of Zelda). Les jeux sont souvent difficiles. En France, elle est arrivée tardivement, ce qui la rend parfois moins présente dans nos souvenirs que sa concurrente.
- Sega Master System : Particulièrement populaire en France et au Brésil. La Master System II (la version noire arrondie) était vendue avec Alex Kidd in Miracle World intégré. Une console fiable, avec des jeux aux jaquettes graphiques superbes. C’est une porte d’entrée très économique et pleine de charme.
La guerre 16-bits (1990-1995)
- Sega Mega Drive : La console « cool » et rebelle. Elle avait Sonic, la vitesse, et un look noir agressif. Sa ludothèque est immense, très orientée arcade et sport. Elle est très facile à trouver et à collectionner.
- Super Nintendo : La réponse de Nintendo. Techniquement plus avancée sur certains points (couleurs, son), elle abrite des chefs-d’œuvre intemporels (Super Metroid, Zelda: A Link to the Past, Chrono Trigger). C’est souvent le cœur de collection de nombreux passionnés.
L’aube de la 3D (1995-2000)
Oui, c’est désormais du « retro ».
- Sony PlayStation (PS1) : La révolution. Elle a démocratisé le support CD, la 3D et a attiré un public adulte. Des jeux comme Final Fantasy VII ou Metal Gear Solid ont changé l’industrie. Les jeux sur CD sont plus fragiles, mais la collection est passionnante.
- Nintendo 64 : La dernière grande console à cartouches. Moins de jeux, mais des titres légendaires (Mario 64, Ocarina of Time) qui ont défini le jeu en 3D.
- Sega Saturn : La mal-aimée de Sega. Complexe, chère, elle a été un échec commercial en Occident. Paradoxalement, cela en fait aujourd’hui une pièce de collection fascinante, mais très coûteuse, avec des jeux cultes (comme Panzer Dragoon Saga).
Étape 4 : Où trouver ces trésors ?
La chasse est ouverte. Voici vos terrains de prédilection.
- Les vide-greniers et brocantes : C’est le rêve. Trouver une boîte de Super Nintendo pour 10€ chez quelqu’un qui vide son grenier. C’est devenu très rare. Les gens connaissent désormais la valeur des choses grâce à Internet. Il faut se lever tôt et avoir beaucoup de chance.
- Les magasins spécialisés (Cash Converters, etc.) : Ils sont une source fiable. Les prix sont alignés sur le marché, mais vous pouvez voir et tester le produit. Ils offrent souvent une petite garantie. C’est un bon moyen de démarrer sans risque.
- Les boutiques de retro gaming dédiées : Tenues par des passionnés, elles sont le graal. Vous y trouverez des conseils d’experts, des pièces rares et des jeux vérifiés. Les prix sont logiquement plus élevés, car ils reflètent l’expertise et la curation.
- Internet (Leboncoin, Vinted, eBay) : Le plus grand magasin du monde, mais aussi le plus dangereux.
- Leboncoin/Vinted : Idéal pour les « lots ». Vous pouvez trouver de bonnes affaires locales. Méfiez-vous des prix excessifs.
- eBay : Indispensable pour les pièces spécifiques ou les jeux importés (japonais, américains). Attention aux frais de port et de douane.
- Les conventions et salons retro gaming : Des événements comme la Paris Games Week (section retro) ou des salons dédiés. L’ambiance est excellente pour échanger avec d’autres passionnés et trouver des pièces spécifiques.
Étape 5 : L’inspection : les pièges à éviter
Vous avez trouvé une console. Ne vous ruez pas dessus. Inspectez-la.
Le matériel (Hardware)
- L’aspect général : Le plastique jaunit-il ? C’est courant sur les Super Nintendo (un retardateur de flamme qui réagit mal aux UV). Cela se nettoie (« Retr0bright »), mais fait baisser le prix.
- Les ports : Regardez les ports manettes et le port cartouche. Sont-ils propres ? Les broches sont-elles tordues ? La poussière est l’ennemi numéro un.
- Les accessoires : La console est-elle vendue avec ses câbles (alimentation et vidéo) et une manette ? Vérifiez que ce sont des accessoires officiels. Une alimentation non officielle peut endommager une vieille console.
- PAL vs. NTSC : C’est un point technique crucial. Les consoles européennes (PAL) tournent en 50Hz, les américaines et japonaises (NTSC) en 60Hz. Les jeux NTSC sont plus rapides et fluides (la vraie expérience voulue par les développeurs). Certaines consoles PAL peuvent être modifiées (« switchées ») pour passer en 60Hz.
Les jeux (Software)
- Cartouches : L’étiquette est-elle belle ? Déchirée ? Regardez les contacts en cuivre. S’ils sont sales, ils peuvent être nettoyés (avec de l’alcool isopropylique, jamais en soufflant dessus ! Le souffle crée de l’humidité et de l’oxydation).
- La contrefaçon : C’est un fléau, surtout sur les jeux Game Boy Advance, mais aussi sur NES et SNES. Méfiez-vous des étiquettes trop neuves, des plastiques de mauvaise qualité ou des prix trop beaux.
- Jeux sur CD (PS1, Saturn, Mega-CD) : La bête noire. Examinez le disque à la lumière. Des micro-rayures sont normales et gérables. Une rayure circulaire profonde (« la rayure de la mort ») est souvent fatale. Méfiez-vous aussi du « disc rot » (la décomposition de la couche de données), visible par des petites taches sombres.
Étape 6 : Le défi technique : brancher le passé sur le présent
Vous avez votre console. Vous la branchez sur votre TV 4K dernier cri… et c’est l’horreur. C’est flou, baveux, les couleurs sont ternes et il y a un temps de latence (l’input lag).
C’est normal. Ces consoles ont été conçues pour des téléviseurs cathodiques (CRT).
- La solution puriste : le CRT. Pour le « vrai » retro gaming, rien ne vaut un bon vieux téléviseur cathodique. L’image est nette (les fameuses « scanlines »), le temps de réponse est nul, et surtout… les pistolets optiques (comme le Zapper de Duck Hunt sur NES) ne fonctionnent que sur un CRT.
- La solution facile : le câble RCA. Le câble avec les trois fiches (jaune pour la vidéo, blanc et rouge pour le son). C’est la pire qualité d’image possible, mais c’est simple.
- La solution européenne : la Péritel (SCART). Notre atout vintage ! La prise Péritel, si elle est câblée en RVB (RGB), offre la meilleure qualité d’image analogique possible. C’est le jour et la nuit. Privilégiez toujours un câble Péritel RGB pour vos consoles 16-bits.
- La solution moderne (et coûteuse) : les « Upscalers ». Ce sont des boîtiers magiques (comme le RetroTINK ou l’OSSC) qui prennent le signal d’origine de la console et le convertissent parfaitement pour vos écrans plats HD/4K. C’est la solution de luxe, mais le résultat est stupéfiant de netteté.
Étape 7 : Budget et réalités du marché de la console retro gaming
Soyons clairs : le retro gaming n’est plus un hobby bon marché. La pandémie et un regain de nostalgie ont fait exploser les prix.
- Ce qui est abordable : Les consoles en loose (Mega Drive, Master System, PS1). Les jeux « communs » (les FIFA sur Mega Drive ne valent rien, un Sonic en loose vaut quelques euros).
- Ce qui est cher : Les jeux de rôle (RPG) en boîte. Les jeux de niche. Tout ce qui porte le logo Zelda ou Mario en très bon état.
- Les « Graals » (le marché de la démesure) : Certains jeux atteignent des milliers d’euros (Panzer Dragoon Saga sur Saturn, Stadium Events sur NES). C’est le domaine de l’hyper-collection.
Ne vous laissez pas décourager par les prix. La joie du retro gaming se trouve aussi dans la chasse. La vraie victoire, c’est de trouver ce Streets of Rage 2 à 5€ dans un bac oublié.
Conclusion : Le jeu avant tout sur les consoles retro gaming
Collectionner les consoles vintage, c’est accepter d’être un peu mécanicien, un peu historien et surtout un grand enfant. C’est un voyage tactile et sonore. Le poids d’une manette de N64, le « clic » des gâchettes de la Super Nintendo, le grain si particulier du plastique d’une Mega Drive.
Notre conseil final : n’achetez pas pour entasser. Achetez pour jouer. Une collection, aussi belle soit-elle sur une étagère, ne prend vie que lorsque l’on appuie sur « Power » et que la magie opère à nouveau, pixel après pixel.
❓ Foire aux questions (FAQ) sur la console retro gaming
Quelle est la meilleure console pour commencer une collection ? La Sega Mega Drive (ou la Super Nintendo) est un point de départ idéal. Les consoles sont robustes, les manettes confortables, et la ludothèque 16-bits regorge de chefs-d’œuvre qui sont encore très agréables à jouer aujourd’hui. Les prix des jeux courants sont encore très accessibles.
Est-ce que « souffler sur les cartouches » fonctionne vraiment ? C’est le plus grand mythe du retro gaming ! Non seulement c’est peu efficace à long terme, mais c’est mauvais pour la cartouche. Votre souffle contient de l’humidité, qui va se déposer sur les contacts en cuivre et accélérer leur oxydation (la rouille verdâtre). Pour nettoyer un contact sale, utilisez un coton-tige très légèrement imbibé d’alcool isopropylique (90% ou plus).
Que signifie « PAL », « NTSC » et « SECAM » ? Ce sont les standards de télévision des différentes régions du monde.
- NTSC : Utilisé aux États-Unis et au Japon. L’image est en 60Hz (plus rapide, plus fluide).
- PAL : Utilisé dans la majeure partie de l’Europe, dont la France. L’image est en 50Hz (plus lente, avec des bandes noires en haut et en bas sur de nombreux jeux).
- SECAM : Le standard français historique. La plupart de nos consoles (comme la Mega Drive) sortaient un signal RVB via la Péritel, contournant le problème du SECAM. En résumé : les jeux NTSC sont souvent la « vraie » version, plus rapide.
Est-ce que le retro gaming est un bon investissement financier ? C’est un pari risqué. Le marché est actuellement très haut et ressemble à une bulle spéculative. Certains jeux rares prendront toujours de la valeur, mais beaucoup de jeux courants sont surévalués. Collectionnez par passion, pas pour la spéculation. Le plaisir de posséder et de jouer à un jeu que vous aimez n’a pas de prix, mais sa valeur marchande, elle, peut chuter.
