Quand la mécanique soignait la réclame : l’incroyable automate pharmaceutique de Paulo

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Crédit photo : Paulo Queirós

Chers passionnés, chineurs invétérés et amoureux des trésors d’antan, préparez-vous à un véritable voyage dans le temps ! Sur Nos Années Vintage, nous avons l’habitude d’explorer des greniers virtuels pour y dépoussiérer des objets qui ont une âme. Mais aujourd’hui, ce n’est pas nous qui avons trouvé la perle rare : c’est elle qui est venue à nous.

Récemment, suite à notre précédent article consacré à l’art et à la valeur des automates anciens, nous avons reçu un message qui a fait bondir notre cœur de collectionneur. Ce message était envoyé par un certain Paulo Queirós , originaire du Portugal. Marchand d’antiquités et dénicheur de pièces rares, Paulo partage notre passion dévorante pour les curiosités d’époque et les objets mécaniques. Et ce qu’il a partagé avec nous dépasse de loin la simple trouvaille de brocante : il s’agit d’un chef-d’œuvre absolu de l’animation de vitrine, un vestige exceptionnel de ce que l’on peut appeler l’âge d’or de la réclame pharmaceutique.

Installez-vous confortablement, on vous emmène à la découverte de l’automate Dyspné-Inhal sous toutes ses facettes grâce à Paulo.

La magie des vitrines animées d’autrefois

Fermez les yeux un instant et imaginez-vous dans les rues animées des années 1930 à 1950. À cette époque, la publicité ne se vit pas sur des écrans, elle se vit sur les trottoirs. Pour capter l’attention des passants, les commerçants devaient redoubler d’ingéniosité. Si les grands magasins parisiens excellaient dans l’art des vitrines de Noël, les pharmacies n’étaient pas en reste. L’âge d’or de la réclame pharmaceutique battait son plein.

Les devantures des apothicaires et des officines se transformaient en véritables scènes de théâtre. On y voyait des plaques émaillées aux couleurs éclatantes, des bocaux mystérieux et, pour les plus chanceux, des automates publicitaires. Ces derniers étaient le summum du marketing de l’époque : le mouvement attirait l’œil inévitablement. Les passants, hypnotisés par le ronronnement d’un moteur électrique et le ballet mécanique d’un personnage de fer et de tissu, s’arrêtaient, souriaient et, fatalement, mémorisaient le nom du produit. C’est exactement dans cette tradition fascinante que s’inscrit la trouvaille de notre ami Paulo.

Une trouvaille hors du commun au Portugal

Paulo Queirós, notre marchand d’antiquités, a déniché cette merveille auprès d’un confrère spécialisé dans la brocante au Portugal. Ce genre d’objet est d’une rareté inouïe aujourd’hui. La plupart des automates de vitrine, souvent considérés comme de simples supports éphémères de promotion, finissaient à la cave ou à la casse une fois la campagne publicitaire terminée.

Pourtant, celui-ci a survécu, figé dans le temps. Ses dimensions sont d’ailleurs impressionnantes pour un objet de vitrine. Le caisson qui lui sert de socle mesure pas moins de 37 centimètres de hauteur pour 52 centimètres de largeur et 22 centimètres de profondeur. Quant au personnage lui-même, il trône fièrement avec ses 48 centimètres de haut et 50 centimètres d’envergure. C’est une pièce qui occupe l’espace et qui, à n’en pas douter, devait être la vedette incontestée de l’officine qui l’exposait dans les années 1930 à 1950.



Un bûcheron asthmatique… sauvé par la science !

Venons-en au clou du spectacle : la mise en scène. L’automate représente un personnage en pleins travaux de force. Notre héros de fer et de chiffon est en train de couper une bûche de bois à l’aide d’une scie. Le mouvement est entraîné par un superbe mécanisme à bielle et manivelle, alimenté électriquement grâce à un système bi-tension (110V et 220V), et qui plus est, dans un état de fonctionnement absolument parfait !

💊 Focus : Le Dyspné-Inhal des Laboratoires A. Fourton

La marque mise en avant par cet automate est le Dyspné-Inhal, un produit phare développé par les Laboratoires A. Fourton. Pendant des décennies, l’asthme et les problèmes respiratoires ont été un défi majeur pour la médecine et le quotidien des malades. Le Dyspné-Inhal se présentait comme une solution révolutionnaire de l’époque.

Vendu en pharmacie (d’où l’importance cruciale de cet automate de vitrine), ce traitement nécessitait l’usage d’un inhalateur en verre spécifique, fièrement brandi par notre automate bûcheron. Les Laboratoires A. Fourton n’hésitaient pas à investir des sommes importantes dans leur marketing international, comme le prouve cette version de l’automate spécialement dotée d’une plaque traduite pour le marché portugais. Une belle preuve du rayonnement de l’industrie pharmaceutique française de l’époque à travers l’Europe !

Mais pourquoi faire scier du bois à un automate pharmaceutique ? La réponse se trouve dans l’autre main du personnage, qui tient fermement un inhalateur en verre (pièce qui, miracle absolu, a survécu aux décennies et est toujours présente aujourd’hui !). Le personnage porte ses vêtements d’époque, rendant la pièce parfaitement complète.

Le message publicitaire est d’une limpidité redoutable. Scier du bois est une activité physique intense, qui demande du souffle et de l’endurance. Pour un asthmatique, c’est théoriquement mission impossible. La plaque d’origine conservée sur l’automate (une version destinée au marché portugais) nous donne la clé de l’énigme :  » …A serrar apesar de asmático graças ao Dyspné-Inhal « . Ce que l’on peut traduire par :  » En train de scier malgré son asthme grâce au Dyspné-Inhal « . L’humour, la démonstration par l’absurde et la promesse de guérison miraculeuse : tous les codes de la publicité d’antan sont réunis ici avec brio.

L’importance de la préservation de notre patrimoine

Ce qui nous émeut particulièrement chez Nos Années Vintage, c’est de voir à quel point la passion des collectionneurs permet de sauver des pans entiers de notre histoire populaire. La restauration et la conservation de ce patrimoine relèvent du sacerdoce. Paulo nous prouve que les objets ont une vie bien au-delà de leur fonction première. Ce qui n’était qu’une réclame animée pour un laboratoire pharmaceutique est devenu, près d’un siècle plus tard, une œuvre d’art cinétique, un témoin de l’ingéniosité française (avec l’estampille J.A.F.) et de l’évolution de la société.

🛠️ Focus : Le savoir-faire J.A.F. (Jouets et Automates Français)

L’une des plus belles surprises de cette découverte réside dans les entrailles mêmes de la bête. En ouvrant le socle en bois de l’automate pour inspecter et photographier le mécanisme, Paulo a fait une découverte formidable : la structure métallique interne porte l’estampille gravée de la célèbre maison J.A.F., acronyme de Jouets et Automates Français.

Cette grande maison parisienne était une véritable institution dans la conception d’objets mécaniques de précision. Le fait de retrouver cette signature authentifie immédiatement l’origine prestigieuse de la pièce. Plus fascinant encore pour les amateurs de belle mécanique : l’ingénierie de cet automate est particulièrement élaborée pour son époque, puisqu’il est animé non pas par un, mais par deux moteurs-réducteurs d’origine de la marque VASSAL (un moteur principal et un secondaire). Une conception de haute volée qui prouve que l’on ne lésinait pas sur la qualité de fabrication à l’âge d’or de la réclame !

L’état de conservation de cet automate est tout bonnement exceptionnel. L’inhalateur en verre, les tissus d’origine, le système bi-tension 110/220V capable de s’adapter aux réseaux électriques de l’époque, et la fluidité conservée des moteurs VASSAL en font une pièce de qualité muséale.

Nous tenons à remercier chaleureusement Paulo d’avoir partagé avec nous les photos et les détails de cette pièce fantastique. C’est un véritable privilège de pouvoir documenter une telle pépite sur notre blog. Si les automates vous fascinent, lisez aussi nos articles sur les automates de foire, les automates miniature ou encore l’étonnante histoire du turc Mécanique.

*Si vous souhaitez en savoir plus sur cet automate, vous pouvez contacter directement Paulo Queirós via son mail, pauloamqueiros@gmail.com

Laurent

Journaliste depuis plus de 30 ans, j'ai travaillé pour la presse magazine et d'information nationale et régionale. Par ailleurs je suis aussi passionné de vintage et auteur de plusieurs livres sur le sujet comme "Les années flipper" ou encore "Les années baby-foot", parus aux éditions Akapella. Le site Nos Années Vintage me permet d'élargir les thématiques autour du vintage.