Secrets des labels de disque vinyle de collection

You are currently viewing Secrets des labels de disque vinyle de collection
Image par Bruno de Pixabay

Pour le collectionneur de vinyles aguerri, il arrive un moment où la quête évolue. Un élément essentiel d’une bonne collection de vinyles est le label en matière de disques vinyles de collection. Au-delà de la recherche d’un artiste ou d’un album spécifique, une autre porte d’entrée s’ouvre. Plus subtile et tout aussi passionnante : celle des labels. Un label de disque, à son âge d’or, n’était pas un simple distributeur. C’était une écurie, une famille, un gage de qualité avec une direction artistique forte. Il avait un son reconnaissable et une identité visuelle soignée. Collectionner par label, c’est faire confiance aux oreilles et au goût d’un producteur visionnaire. C’est explorer un univers musical cohérent. Penchons-nous sur trois de ces maisons de légende qui font aujourd’hui le bonheur des collectionneurs : Blue Note, Motown et Barclay.

Blue Note, Motown, Barclay : trois labels de disques vinyles de collection

Blue Note Records : le son et l’image du cool absolu

Pour les amateurs de jazz, ces deux mots sont synonymes de Graal. Fondé en 1939 à New York par deux immigrés allemands passionnés, Alfred Lion et Francis Wolff, Blue Note est bien plus qu’un label. C’est un temple dédié au jazz moderne. Durant son âge d’or, des années 50 au milieu des années 60, sa philosophie est simple mais exigeante. Elle vise à offrir une liberté artistique totale aux musiciens et capturer leur son de la manière la plus authentique possible.

Le « son Blue Note » est une signature inimitable. Il est l’œuvre d’un seul homme, le génial ingénieur du son Rudy Van Gelder. Dans son studio, installé dans le salon de ses parents puis dans un local dédié, il développe des techniques de prise de son. Cela donne au jazz une clarté, une dynamique et une chaleur inédites. Chaque instrument est à sa place, le son est plein, présent, vivant. Écouter un pressage original Blue Note de cette période, c’est avoir l’impression que Thelonious Monk ou Art Blakey jouent dans votre salon.

L’identité Blue Note est aussi visuelle. Le designer Reid Miles et le photographe Francis Wolff (le co-fondateur) créent des pochettes qui sont des chefs-d’œuvre de design graphique moderniste. Typographies audacieuses, photos noir et blanc contrastées, utilisation intelligente de la couleur et de l’espace… ces pochettes ne montrent pas seulement les musiciens. Elles incarnent l’essence de leur musique.

Pour les collectionneurs, les pressages originaux Blue Note de cette période (identifiables à l’adresse sur le macaron, « 47 West 63rd NYC », ou à la fameuse gravure « RVG » dans la cire) sont des pièces de musée. Ils représentent la quintessence du jazz, capturé au sommet de son art par une équipe en état de grâce.

Motown Records : la fabrique à tubes qui a fait danser l’Amérique

Changeons de décor. Detroit, 1959. Berry Gordy Jr., un jeune auteur-compositeur noir, fonde avec un prêt familial un petit label qu’il baptise Motown. Le nom est une contraction de « Motor Town », le surnom de la ville de l’automobile. Son ambition est démesurée : créer une musique qui plaira aux Blancs comme aux Noirs. Il veut faire des artistes noirs des superstars internationales. Le résultat dépassera toutes ses espérances.

Le « son de la jeune Amérique » (« The Sound of Young America »), comme le clame le slogan de Motown, est une formule magique. C’est une soul music métissée de pop, avec des mélodies irrésistibles, des rythmes entraînants et une production d’une efficacité redoutable. Ce son est forgé dans le mythique « Studio A », surnommé le « Snakepit » (la fosse aux serpents). Il est joué par un groupe de musiciens de session extraordinaires mais anonymes à l’époque : les Funk Brothers. Leur cohésion et leur groove sont la colonne vertébrale de tous les tubes du label. Ajoutez à cela des trios d’auteurs-compositeurs de génie comme Holland-Dozier-Holland, et vous obtenez une machine à produire des hits en série. Cela s’applique pour The Supremes, The Temptations, Marvin Gaye, Stevie Wonder ou The Jackson 5.

Motown n’était pas seulement un label, c’était une académie. Berry Gordy y formait ses artistes de la tête aux pieds, de la manière de chanter à celle de se tenir sur scène. Pour les collectionneurs, les vinyles Motown représentent la joie pure. Ils incarnent une énergie communicative et un pan crucial de l’histoire sociale américaine. Les premiers pressages sont le témoignage d’un label. Celui-ci a brisé les barrières raciales grâce au pouvoir universel de la musique.

Barclay : la bande-son éclectique des Trente Glorieuses

Retour en France. Si un nom incarne l’industrie du disque des Trente Glorieuses, c’est bien celui d’Eddie Barclay. Pianiste de jazz, chef d’orchestre, fêtard invétéré et producteur au flair exceptionnel, il fonde son label au début des années 50. Il le transforme en un véritable empire. Barclay est le symbole d’un éclectisme et d’une audace à la française. Aujourd’hui encore c’est un label de disques vinyles de collection qui passionne.

Contrairement à Blue Note ou Motown, il n’y a pas un « son Barclay » unique, mais plutôt un « esprit Barclay ». La maison de disques est un reflet de la personnalité de son fondateur : bouillonnante et ouverte à tous les talents. C’est Barclay qui va signer et accompagner les plus grands noms de la chanson française : Jacques Brel, Léo Ferré, Dalida, Charles Aznavour, Henri Salvador… Il leur offre des moyens et une liberté qui leur permettent de créer des œuvres intemporelles. Les vinyles de Brel sortis sur Barclay, par exemple, sont des monuments de la culture francophone.

Mais Eddie Barclay ne se limite pas à la chanson « rive gauche ». Il sent le vent tourner et se lance à corps perdu dans la vague yé-yé. Avec succès puisqu’il signe Eddy Mitchell (avec Les Chaussettes Noires puis en solo) ou Vince Taylor. Il produit du jazz, de la pop, des musiques de film… Le catalogue Barclay est un formidable reflet de la société française de l’époque, de ses poètes à sa jeunesse insouciante. Les pochettes, souvent identifiables au logo Barclay très présent, sont devenues des madeleines de Proust pour des générations de Français.


FAQ : autour de la collection de labels de disques vinyles

Q : Comment identifier un premier pressage d’un label comme Blue Note ?

R : C’est un véritable travail de détective. Pour Blue Note, les indices sont nombreux : l’adresse écrite sur le macaron central du disque, la présence ou l’absence d’un « deep groove » (un sillon profond) sur ce même macaron. Les inscriptions gravées à la main dans la cire autour du macaron (la « dead wax ») sont aussi importantes. Cherchez les initiales de l’ingénieur du son « RVG » ou le symbole d’une « oreille ». Des sites comme Discogs sont des bases de données indispensables pour comparer sa copie aux références.

Q : Est-ce que tous les disques d’un label célèbre sont chers ?

R : Non, absolument pas. La valeur d’un disque dépend de sa rareté et de son état. Un disque d’un artiste très célèbre sur un label mythique, mais qui a été pressé à des millions d’exemplaires. Un album très connu de Stevie Wonder sur Motown, par exemple, sera souvent très abordable. En revanche, le premier album d’un artiste du même label, sorti avant son succès et donc pressé en petite quantité, pourra atteindre des sommes très élevées.

Q : Quels autres labels vintage sont intéressants à collectionner ?

R : Il en existe des dizaines ! Pour le jazz, on peut citer Verve, Prestige ou Impulse!. Pour la soul et le R&B, Stax (le grand rival de Motown) et Atlantic sont incontournables. Dans le rock psychédélique, Elektra ou Immediate sont passionnants. En France, des labels comme Vogue ou Riviera ont également un catalogue très riche et représentatif de leur époque.