Ancien encrier : un témoin de l’art d’écrire

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L’objet repose souvent sur un coin de bureau. Il attire le regard par sa forme ou sa matière. Parfois, il dégage encore une subtile odeur d’encre séchée. L encrier ancien n’est pas qu’un simple récipient. C’est le témoin silencieux d’une époque révolue. C’est le temps où l’écriture exigeait de la patience.

Chaque remplissage était un rituel précis. Il fallait tremper la plume sans toucher le fond. L’excédent d’encre devait être essuyé avec délicatesse. Une tache pouvait ruiner une lettre importante. Aujourd’hui, nous redécouvrons ces objets avec nostalgie. Ils incarnent une élégance que le stylo à bille a effacée.

Une histoire d’encre et de verre

L’histoire de l’encrier remonte à l’Antiquité. Les scribes égyptiens utilisaient déjà des palettes à godets. Mais l’essor de l’encrier tel que nous le collectionnons date du XIXe siècle. La démocratisation de l’écriture a tout changé. L’alphabétisation croissante a créé un besoin immense.

Il fallait équiper les écoles, les administrations et les foyers. Les matériaux se sont diversifiés rapidement. On trouve du verre, de la céramique, du bronze ou de l’étain. Chaque classe sociale avait son type d’objet. Le paysan possédait un encrier rustique en grès. Le notaire affichait un modèle imposant en marbre.

Les formes ont suivi les modes artistiques. L’Art Nouveau a apporté ses courbes végétales. L’Art Déco a imposé ses lignes géométriques strictes. Ces variations permettent aujourd’hui de dater les pièces. Un collectionneur averti reconnaît le style d’une époque au premier coup d’œil.

L’encrier d’école : souvenir de la communale

C’est l’image d’Épinal par excellence. Des rangées de pupitres en bois patiné par les ans. Un trou circulaire percé en haut à droite du plan incliné. C’est là que se logeait le fameux encrier en porcelaine blanche. Il est le symbole de l’école de Jules Ferry.

Ces petits godets étaient fabriqués par milliers. La manufacture de Limoges en a produit des quantités astronomiques. Ils devaient être solides et faciles à nettoyer. L’instituteur passait dans les rangs avec sa grande bouteille. Il versait le précieux liquide violet avec précaution.

Cette encre violette n’était pas choisie au hasard. Elle était fabriquée à base d’aniline. Une fois sèche, elle devenait difficilement effaçable. Elle a taché des générations de blouses grises. Les doigts des écoliers en gardaient la trace pendant des jours.

Le modèle en porcelaine possède souvent un rebord. Ce petit col permettait de retenir l’encrier dans le trou du bureau. Il évitait que l’objet ne bascule trop facilement. Parfois, on trouve des modèles avec un petit couvercle pivotant. C’était un luxe pour éviter l’évaporation ou la poussière.

Les modèles de bureau : l’apparat avant tout

Quittons l’école pour le cabinet de travail. Ici, l’encrier change de statut social. Il devient un objet de décoration à part entière. On parle souvent d’écritoire plutôt que de simple encrier. L’ensemble comprend souvent deux contenants distincts.

Pourquoi deux réservoirs sur un même socle ? La raison est purement pratique. L’un contenait l’encre noire pour la rédaction. L’autre recevait l’encre rouge pour les corrections ou les titres. Entre les deux, un petit réceptacle accueillait parfois de la poudre.

Cette poudre servait à sécher l’encre plus vite. Le buvard n’était pas toujours à portée de main. Les matériaux utilisés pour ces pièces sont nobles. Le bronze doré apporte une touche classique et lourde. Le cristal taillé joue avec la lumière de la lampe.

Certains modèles sont de véritables sculptures. On y voit des chiens de chasse ou des aigles. D’autres représentent des personnages historiques célèbres. Napoléon a souvent figuré sur les bureaux du XIXe siècle. Ces objets affirmaient le goût et la richesse du propriétaire.

L’ingéniosité de l’encrier de voyage

Voyager au XIXe siècle était une aventure. Écrire durant le périple relevait du défi technique. Transporter de l’encre liquide dans une malle comportait des risques. Une bouteille cassée signifiait la catastrophe pour les vêtements. Les artisans ont dû redoubler d’inventivité.

Ils ont créé l’encrier de voyage hermétique. C’est une merveille de mécanique de précision. Le plus souvent, il est gainé de cuir maroquiné. Il tient dans la poche ou un petit nécessaire. L’ouverture déclenche un mécanisme à ressort puissant.

Un joint en caoutchouc ou en liège assure l’étanchéité. Le couvercle presse fermement sur le goulot une fois fermé. On trouve des modèles dits « à bascule« . D’autres utilisent un système de vis sécurisé. Les marques anglaises ont excellé dans ce domaine particulier.

Leur petite taille les rend très collectionnables. Ils prennent peu de place dans une vitrine. Ils racontent les correspondances des grands explorateurs. On imagine les lettres écrites sur un genou, dans une diligence. C’est tout un imaginaire romantique qui surgit.

Les grands noms et les signatures

La valeur d’un encrier dépend souvent de sa signature. Les grandes cristalleries françaises ont produit des chefs-d’œuvre. Baccarat est sans doute la plus recherchée. Leurs modèles en cristal moulé sont d’une pureté exceptionnelle. Les arêtes sont vives et le poids conséquent.

La maison Daum à Nancy a exploré d’autres voies. Elle a utilisé la pâte de verre pour des effets colorés. Les nuances de vert et d’orange évoquent la nature. C’est l’essence même de l’École de Nancy. Ces pièces sont aujourd’hui très cotées sur le marché.

Pour le métal, les fondeurs d’art ont laissé leur empreinte. Barbedienne est une référence incontournable du bronze au XIXe siècle. Ses patines brunes sont d’une qualité remarquable. En céramique, on cherchera les tampons de Gien ou de Quimper.

Ne négligez pas les pièces publicitaires. Au début du XXe siècle, les marques d’encre offraient des objets. Les encres Waterman ou Parker avaient leurs propres encriers. Ils arborent souvent des formes amusantes ou modernistes. C’est une porte d’entrée abordable pour débuter une collection.

L’art de chiner : que regarder ?

Trouver un bel encrier demande de l’observation. Le premier point à vérifier est l’état du verre. Les éclats sur le goulot sont fréquents. Les plumes métalliques heurtaient souvent le bord. Un petit éclat (égrenure) est tolérable, une fêlure non.

Le bouchon est l’élément critique de l’objet. Il doit impérativement être celui d’origine. Beaucoup d’encriers ont perdu leur coiffe au fil du temps. Les marchands remplacent parfois le bouchon par un autre. Vérifiez l’ajustement parfait entre le verre et le couvercle.

Pour les modèles en bronze, attention à la dorure. Une usure naturelle sur les reliefs est bon signe. Une dorure trop clinquante peut indiquer une restauration récente. Regardez aussi l’intérieur du godet. Des traces d’encre ancienne sont un gage d’authenticité.

N’ayez pas peur de la saleté superficielle. Un encrier « dans son jus » est souvent une meilleure affaire. Le nettoyage révèle parfois des merveilles cachées. Attention toutefois aux charnières des modèles métalliques. Elles sont souvent le point faible de la structure.

Faire revivre l’encrier ancien aujourd’hui

Posséder un ancien encrier ne suffit pas toujours. Beaucoup d’amateurs souhaitent les utiliser à nouveau. Le retour de la calligraphie encourage cette pratique. C’est un moyen de ralentir le rythme effréné du quotidien.

Il faut d’abord nettoyer parfaitement le réservoir. L’encre ancienne a formé une croûte dure. L’eau tiède suffit généralement pour le verre. Évitez les produits chimiques agressifs sur les métaux. Le vinaigre blanc peut aider pour les dépôts calcaires.

Choisissez une encre moderne de qualité. Les encres actuelles sont moins corrosives pour les plumes. Elles offrent une palette de couleurs infinie. Remplir son encrier devient un moment de plaisir. Le bruit du bouchon qui s’ouvre est inimitable.

L’encrier redevient alors le cœur du bureau. Il n’est plus un simple bibelot poussiéreux. Il reprend sa fonction première : servir l’écriture. C’est une résistance poétique au tout numérique.

La fin d’une ère : l’arrivée du stylo à bille

Le déclin de l’encrier fut lent mais inéluctable. L’invention du stylo-plume à cartouche a porté le premier coup. Plus besoin de tremper la plume toutes les trois lignes. L’encre était stockée directement dans le corps du stylo.

Le coup de grâce est venu avec le baron Bich. La commercialisation massive du stylo à bille Bic a tout balayé. C’était dans les années 1950, l’époque de la modernité plastique. L’école a résisté quelques années avant de céder. La démocratisation de la machine à écrire avait aussi fait reculer l’usage des encriers.

Les trous dans les bureaux ont été bouchés. Les encriers en porcelaine ont fini dans les greniers. On les trouvait encombrants et salissants. Ils représentaient un passé que l’on voulait oublier.

Aujourd’hui, la boucle est bouclée. Nous recherchons ce que nos grands-parents ont jeté. L’ancien encrier est devenu un objet de désir. Il nous rappelle que l’écriture est un art.


FAQ : Tout savoir sur l’encrier ancien et sa collection

Comment nettoyer un ancien encrier encrassé d’encre séchée ?

Laissez tremper le godet (s’il est amovible) dans de l’eau tiède savonneuse pendant 24 heures. Si l’encre résiste, utilisez un mélange d’eau et de vinaigre blanc. N’utilisez jamais d’outils métalliques pour gratter le fond, vous risqueriez de rayer le verre ou la porcelaine.

Quelle est la différence entre un encrier et un écritoire ?

L’encrier désigne le récipient contenant l’encre (le godet). L’écritoire est un ensemble plus complet pour le bureau. Il comprend généralement le support, un ou deux encriers, et un espace pour poser les plumes ou les crayons.

Comment savoir si le bouchon d’un encrier ancien est d’origine ?

Sur les modèles en cristal ou en verre taillé, vérifiez les numéros. Souvent, un petit numéro est gravé sous le bouchon et sous l’encrier. S’ils sont identiques, c’est la paire d’origine. Sinon, regardez l’ajustement : le bouchon ne doit pas « danser » dans le goulot.

L’encre violette tache-t-elle encore les encriers anciens ?

Oui, l’encre violette ancienne est très tenace car elle pénètre les matériaux poreux. Sur la porcelaine vernissée, elle part bien. En revanche, si la porcelaine est fêlée ou poreuse (biscuit), la tache violette fera partie intégrante de l’histoire de l’objet.

Où trouver des encriers anciens de collection ?

Les vide-greniers et brocantes restent les meilleurs terrains de chasse pour les modèles courants. Pour les pièces signées (Baccarat, époques Empire ou Restauration), tournez-vous vers les salles de vente aux enchères ou les antiquaires spécialisés.