Les bonbons de notre enfance : Carambars, Malabar et Arlequin

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Fermez les yeux une seconde. Vous y êtes. Le comptoir en formica de l’épicerie du quartier, le présentoir tournant avec ses sachets multicolores, et cette odeur sucrée, presque chimique, qui vous prenait à la gorge dès que vous poussiez la porte. Dans votre poche, quelques pièces jaunes récupérées sur la table de la cuisine. Un trésor. Les bonbons de notre enfance ne se mangeaient pas vraiment. On les vivait. Un Carambar qu’on tirait entre ses dents jusqu’à la déchirure, un Malabar qui gonflait en ballon rose et collait aux cheveux, un Arlequin aux losanges colorés qu’on triait par couleur avant même d’y goûter. Ces petits rectangles de sucre et de chimie heureuse ont façonné quelque chose d’essentiel : la géographie émotionnelle de notre jeunesse.

Aujourd’hui, on les retrouve parfois en grande surface, emballages légèrement modernisés, et le cœur fait un bond. Retour sur trois icônes sucrées qui ont traversé les décennies sans jamais vraiment vieillir.


Carambar : la blague au cœur du caramel

1954. À Marcq-en-Barœul, dans le Nord de la France, une erreur de dosage dans les ateliers Delespaul-Havez donne naissance à une barre de caramel allongée, beaucoup trop dure pour correspondre aux standards de l’époque. Plutôt que de jeter le lot, on décide de le commercialiser. Le Carambar est né d’un accident industriel, ce qui, avouons-le, lui donne un charme supplémentaire.

Pendant des années, c’est simplement un caramel au goût intense — vanille, chocolat, fraise, cola — qui colle aux molaires avec une obstination remarquable. Mais en 1969, quelqu’un eut l’idée géniale d’imprimer des blagues sur l’emballage intérieur. Un détail qui allait devenir une institution nationale.

« Qu’est-ce qu’un canif ? Un petit fien. » Toute une génération a grandi avec ces calembours nuls, et c’est précisément leur nullité assumée qui les rendait irrésistibles. On les lisait à haute voix dans la cour de récré. On les collectionnait. Les blagues Carambar sont devenues un patrimoine culturel à part entière — au même titre que les chansons de Brassens ou les répliques de De Funès, mais en beaucoup plus bête. Et c’est magnifique.


Malabar : le champion des bulles et des tatouages

Il y a eu un avant et un après Malabar dans l’histoire du chewing-gum français. Lancé en 1958 par la société Bouquet, ce bloc rose bonbon à la fraise promettait deux choses : des bulles de la taille d’un pamplemousse et un tatouage temporaire glissé dans l’emballage. Pour un enfant des années 70 ou 80, c’était ni plus ni moins qu’un double cadeau.

Faire une bulle avec un Malabar relevait presque du sport de compétition. Il fallait d’abord mâcher longtemps, très longtemps, pour ramollir la masse compacte. Puis positionner sa langue, gonfler doucement, retenir son souffle. Et BANG — la bulle éclatait sur le nez dans un claquement satisfaisant que tous les enfants du monde connaissent.

Les tatouages Malabar, eux, se léchaient sur la peau avec application. Personnages de BD, animaux, étoiles — chaque série était un événement. Certains collectionnaient les planches entières. Le Malabar n’était pas un bonbon, c’était un kit d’activités avant l’heure, emballé dans deux cents grammes de gomme rose. Le genre de chose qu’on ne réinvente pas, parce qu’on ne peut pas faire mieux dans sa catégorie.


Arlequin : le bonbon arc-en-ciel des jours de fête

Moins star que ses deux compères, l’Arlequin mérite pourtant toute notre attention — et notre affection. Ces petits losanges de sucre aux couleurs vives, vendus en sachets transparents ou au poids dans les confiseries, incarnaient une certaine idée de l’abondance enfantine. Un sachet d’Arlequins, c’était des dizaines de bonbons pour quelques centimes. La démesure accessible.

Ce qui rendait l’Arlequin fascinant, c’était son rituel. On ne les mangeait pas au hasard. On les triait. Rouge d’abord — saveur fraise — puis jaune citron, puis orange, puis vert menthe ou pomme selon les époques. Chaque couleur avait ses partisans acharnés, ses détracteurs catégoriques. Se retrouver dans une cour avec un sachet d’Arlequins, c’était ouvrir des négociations diplomatiques : « Je te donne tous mes rouges contre tes verts. »

L’origine du nom est directement liée au personnage de la commedia dell’arte, ce bouffon au costume fait de losanges multicolores. Un clin d’œil élégant pour un bonbon populaire. Les bonbons Arlequin traversent les décennies avec une discrétion qui force le respect — toujours là, dans les brocantes, les épiceries de village, les fêtes foraines, comme une présence fidèle et rassurante.


Conclusion à propos des bonbons de notre enfance

Ce qui frappe, quand on replonge dans ces souvenirs d’enfance sucrés, c’est leur capacité à résister au temps. Les Carambars existent toujours. Les Malabars aussi. Les Arlequins pointent leur nez dans les sachets de bonbons rétro qu’on offre pour les anniversaires. Ces confiseries ont survécu aux crises, aux modes, aux générations.

Peut-être parce qu’elles ne vendent pas seulement du sucre. Elles vendent du temps — celui où les après-midi duraient une éternité et où un bonbon collé au palais était le plus grand des problèmes. Dans un monde qui accélère sans cesse, il y a quelque chose de précieux dans ce petit rectangle de caramel qui force à ralentir, à mâcher, à sourire d’une blague idiote.

Certains plaisirs simples ne se démodent jamais.


FAQ – Questions fréquemment posées sur les bonbons de notre enfance

Q : Quand le Carambar a-t-il été inventé ?
R : Le Carambar est né en 1954 dans les usines Delespaul-Havez à Marcq-en-Barœul, suite à une erreur de fabrication. Les célèbres blagues sur l’emballage sont apparues plus tard, en 1969, et ont transformé ce simple caramel en véritable phénomène culturel français. Aujourd’hui, le Carambar appartient au groupe Mondelez International.

Q : D’où vient le nom « Malabar » ?
R : Le nom Malabar fait référence à la côte de Malabar, en Inde, région historiquement associée aux épices et au commerce. Il évoque une forme d’exotisme dépaysant. Et fait partie des bonbons inoubliables de notre enfance.

Nadine

Journaliste depuis plus de 20 ans, j'ai travaillé pour la presse magazine nationale et régionale (Art&Décoration, Aladin, Le Chineur, Points de vente, etc). Passionnée de vintage, je suis auteur de plusieurs livres comme "Les années flipper", "Les années baby-foot", "Nous les enfants de 1962", "Les dix secrets du champagne", etc). Aujourd'hui je me consacre à Nos Années Vintage.