Si l’on devait définir la mode de 1975 en un seul mot, ce serait « liberté ». Loin d’être monolithique, le style de cette année charnière est un carrefour d’influences, un joyeux mélange où les extrêmes se côtoient et fusionnent. D’un côté, l’héritage de la contre-culture hippie persiste, avec ses matières naturelles, ses coupes fluides et son amour pour l’artisanat. De l’autre, les premières notes du disco commencent à résonner, apportant avec elles un vent de glamour, des matières synthétiques brillantes et une envie de se montrer. La France de 1975 danse entre ces deux pôles, créant une silhouette unique, audacieuse et résolument expressive. Nous allons décortiquer pour vous ce vestiaire foisonnant qui a marqué toute une génération.
Le pantalon, roi incontesté de la silhouette
En 1975, un vêtement domine tous les autres et sculpte la silhouette de l’époque : le pantalon. Et pas n’importe lequel. C’est le règne absolu du pantalon à pattes d’éléphant, ou « patte d’eph' » pour les intimes. Cette pièce est bien plus qu’un simple vêtement, elle est un manifeste. Sa coupe est reconnaissable entre toutes : une taille haute ou mi-haute qui enserre les hanches, des cuisses moulées, puis une évasion spectaculaire du genou jusqu’au sol. Le pantalon s’évase généreusement, recouvrant entièrement la chaussure et créant une démarche fluide, presque flottante.
Le jean est le roi des matières. Brut, délavé, brodé de fleurs ou orné de clous, le denim se décline à l’infini. Il est le symbole d’une jeunesse décontractée et universelle. Mais le patte d’eph’ s’aventure aussi vers d’autres textures. Le velours côtelé, dans des teintes terreuses comme le marron, le bordeaux ou le vert bouteille, offre une alternative plus douce et sophistiquée. Pour les plus audacieux, le polyester fait des merveilles, proposant des couleurs vives et un tombé impeccable qui ne nécessite aucun repassage, argument de poids pour cette ère de modernité. Hommes et femmes adoptent sans distinction cette coupe emblématique qui gomme les frontières du genre.
L’art de se chausser : prendre de la hauteur
Une telle extravagance au niveau des jambes ne pouvait s’accommoder de chaussures discrètes. Pour accompagner le patte d’eph’, un seul type de soulier s’impose : la chaussure à plateforme. En 1975, on prend de la hauteur, et beaucoup ! Les semelles compensées atteignent des dimensions vertigineuses, que ce soit pour les femmes ou pour les hommes. Elles sont fabriquées en liège, en bois, ou parfois en plastique, et permettent au pantalon de conserver toute son ampleur sans traîner par terre.
Ces plateformes se déclinent en sandales, en escarpins, mais surtout en bottines. La bottine à plateforme est l’accessoire ultime. Elle se glisse sous le pantalon et assure une silhouette élancée et une démarche chaloupée. Les couleurs sont franches : rouge, vert, blanc, ou encore des finitions métallisées argentées ou dorées qui annoncent déjà la fièvre du disco. Marcher avec de telles chaussures relevait parfois de l’acrobatie, mais c’était le prix à payer pour être au sommet de la tendance. À côté de ces géantes, les sabots en bois, d’inspiration plus folk, connaissent également un grand succès, portés avec des chaussettes épaisses et une jupe longue.
Les hauts : entre explosions de couleurs et coupes audacieuses
Pour la partie supérieure du corps, deux grandes tendances s’affrontent et se complètent. La première, plus structurée, est directement liée à l’émergence du glam rock et du disco. Son emblème est l’inoubliable col « pelle à tarte ». Les cols de chemise s’agrandissent de manière démesurée, avec des pointes longues et acérées qui s’étalent sur les revers des vestes. Ces chemises, souvent très ajustées, sont confectionnées en polyester ou en satin. Elles se parent de motifs psychédéliques, de formes géométriques hypnotiques ou de couleurs unies mais éclatantes. On les porte avec un ou deux boutons ouverts sur un torse poilu pour les hommes, ou nouées à la taille sur un jean taille haute pour les femmes.
La seconde tendance est l’héritière directe du mouvement hippie. Elle prône le naturel et la fluidité. Les blouses vaporeuses en gaze de coton, en crêpe de viscose ou en voile sont omniprésentes. Elles sont souvent blanches ou écrues, mais s’ornent de magnifiques broderies d’inspiration slave ou indienne. Les imprimés floraux, de type « Liberty », apportent une touche de romantisme champêtre. Les coupes sont amples : manches ballons, tuniques longues, kaftans… Tout est fait pour que le vêtement accompagne le mouvement du corps avec grâce et légèreté.
Pour elle et pour lui : un vestiaire aux frontières floues
L’une des grandes révolutions de la mode des années 70, très palpable en 1975, est le brouillage des codes vestimentaires entre les genres. La mode devient résolument unisexe. Comme nous l’avons vu, le jean patte d’eph’ et les chaussures à plateforme sont adoptés par tous. Les cheveux longs pour les hommes sont désormais la norme et non plus un signe de marginalité.
Les t-shirts en coton, souvent unis ou avec un simple logo, deviennent un basique partagé. La femme, de son côté, s’approprie avec assurance des pièces du vestiaire masculin. Le tailleur-pantalon, popularisé par Yves Saint Laurent quelques années plus tôt, est une tenue de choix pour la femme active qui veut allier élégance et liberté de mouvement. Bien sûr, la robe et la jupe restent présentes. La jupe se porte soit très courte (la mini-jupe), soit très longue et fluide, dans un esprit bohème. La robe-chemisier, ceinturée à la taille, est également un classique de l’élégance décontractée de l’époque.
Les accessoires, la touche finale indispensable de la mode en 1975
Une tenue de 1975 ne serait pas complète sans une accumulation d’accessoires. Ils sont la touche finale qui permet de personnaliser son look. Le foulard est un indispensable. En soie ou en polyester imprimé, on le noue dans les cheveux en bandeau, autour du cou, ou encore à l’anse de son sac à main.
Les ceintures sont larges, souvent en cuir, et se portent basses sur les hanches. Ou alors pour marquer la taille d’une tunique ou d’une robe. Les boucles sont imposantes et travaillées. Côté bijoux, on mélange les styles. Par exemple, des colliers superposés en perles de bois et en plumes pour un look folk. Ou encore des bijoux en plastique ou en métal pour une allure plus moderne. Les lunettes de soleil sont immenses, rondes ou carrées, cachant une bonne partie du visage pour un effet « star mystérieuse ».
FAQ : la mode en 1975
Qu’est-ce qu’un « col pelle à tarte » ?
Le « col pelle à tarte » est le nom imagé donné aux cols de chemise très larges et pointus qui étaient à la mode dans les années 70. Leur taille était si exagérée qu’on les a comparés, avec humour, à l’ustensile servant à couper et servir des parts de tarte. C’était un élément signature du style de l’époque, porté aussi bien par les hommes que par les femmes.
Le pantalon patte d’éléphant était-il le seul style de pantalon en 1975 ?
Bien que le patte d’eph’ fût le plus emblématique, il n’était pas le seul. On trouvait aussi des pantalons « bootcut » (légèrement évasés) et des pantalons droits, notamment dans des tenues plus formelles comme les costumes. Cependant, la coupe moulante aux cuisses et évasée en bas était de loin la plus populaire et la plus représentative de la décennie.
Encore des réponses sur la mode en 1975
Qu’est-ce qui a inspiré les deux grandes tendances de la mode en 1975 ?
Les deux inspirations majeures étaient, d’une part, la culture hippie et folk de la fin des années 60, qui prônait un retour à la nature, l’artisanat et la liberté du corps (d’où les coupes amples, les matières naturelles et les motifs floraux). D’autre part, la montée de la musique glam rock et disco, qui a introduit une esthétique plus flamboyante, sexy et artificielle, avec des matières brillantes, des couleurs vives et des coupes près du corps.
Quel type de chaussures portait-on avec les pantalons à pattes d’éléphant ?
L’association quasi obligatoire était celle avec des chaussures à plateforme. Les semelles épaisses et hautes permettaient de surélever la silhouette. Ce qui évitait ainsi que le bas très large du pantalon ne traîne par terre. Cela créait une ligne de jambe très longue et spectaculaire.
La mode en 1975 était-elle vraiment unisexe ?
Oui, 1975 est au cœur d’une période où la mode unisexe a connu son apogée. Des pièces fondamentales comme le jean, le t-shirt, le sous-pull, le pantalon à pattes d’éléphant et les chaussures à plateforme étaient portées indifféremment par les hommes et les femmes. C’était le reflet d’une évolution sociale vers plus d’égalité et moins de conventions de genre.
