Il y a ce bruit, d’abord. Un petit clic sec, celui du casque qui s’enfonce sur la tête lisse du chevalier, ou de la main crochetée qui se referme enfin sur le manche de la hallebarde. Puis l’odeur : ce plastique neuf, presque sucré, qui montait de la boîte bleue à peine ouverte le matin de Noël, mêlée au carton et à la colle du sachet de décalcomanies. On était assis en tailleur sur la moquette du salon, la notice dépliée à plat, les pièces étalées en éventail, et il fallait absolument avoir terminé le château avant le repas. Quarante ans plus tard, on reconnaît encore ce clic les yeux fermés. C’est probablement pour cela que la collection Playmobil reste l’une des plus émouvantes qui soient : ce ne sont pas des figurines qu’on aligne dans une vitrine, ce sont des après-midis entiers qu’on remet en scène.
1974 : trois boîtes, un bonhomme de 7,5 cm et beaucoup d’audace
L’histoire commence dans une usine allemande de Zirndorf, en Bavière, chez geobra Brandstätter. Le patron, Horst Brandstätter, demande à son concepteur Hans Beck d’imaginer un jouet qui consomme peu de matière première — le plastique venait de devenir cher — et qui puisse se décliner à l’infini. Le résultat est présenté au salon du jouet de Nuremberg en 1974 : un petit personnage de 7,5 centimètres, souriant, articulé aux bras, aux jambes et à la tête, vendu avec ses accessoires dans une boîte rectangulaire.
Trois univers seulement au départ : les chevaliers, les ouvriers du bâtiment avec leurs casques jaunes, et les Indiens. Tout est là, pourtant. Le principe du système, les pièces compatibles entre elles, les chapeaux interchangeables. En Allemagne, on surnomme vite ces bonshommes les « Klickys », à cause du bruit des emboîtements. En France, on dira simplement « mes Playmobil », ou « mes playmo » pour les intimes, et on passera de longues minutes devant les pages du catalogue de jouets glissé dans la boîte aux lettres en novembre.
Le visage sans nez, ce coup de génie
Regardez bien un personnage des premières années : pas de nez, pas de sourcils, une bouche en U et deux points noirs pour les yeux. Hans Beck avait observé des dessins d’enfants et compris qu’un visage trop détaillé enfermerait la figurine dans un rôle. Ce sourire neutre, lui, pouvait être joyeux, inquiet ou furieux selon ce que l’enfant racontait à voix haute. Les mains en pince, elles, sont un chef-d’œuvre d’ingénierie modeste : elles tiennent une épée, une casserole, un guidon, une lance à incendie. Et la tête chauve permet de faire du même bonhomme un shérif, un pompier ou un pirate en changeant simplement de couvre-chef.
Les grandes familles qui structurent une collection
Pour qui collectionne aujourd’hui, l’univers se lit par thèmes. Chacun a sa propre madeleine.
Les chevaliers et le château fort
C’est souvent la pièce maîtresse d’une enfance : le grand château fort gris avec ses créneaux, son pont-levis à chaînette, sa herse coulissante et sa tour d’angle. On y ajoutait le chevalier noir, le tournoi, les lances aux fanions à décalcomanies. Les casques se fissuraient parfois à la charnière de la visière — tout collectionneur connaît cette angoisse.
Le Far West et les pirates
Les forts en rondins, la diligence, le shérif à l’étoile, les tipis. Puis, à la fin des années 1970, c’est alors l’arrivée des pirates : coques de navires, canons à ressort, coffres au trésor, jambe de bois et perroquet. Le bateau qui flottait vraiment dans la baignoire, c’était un argument de poids dans une cour de récréation.
Playmo-Space, ou l’espace en orange et blanc
Au tournant des années 1980, la gamme spatiale débarque avec ses combinaisons blanches, ses casques transparents, ses véhicules d’exploration et ses stations aux couleurs pop. On était en pleine fièvre des films de science-fiction, et ces pièces ont aujourd’hui une aura particulière chez les collectionneurs.
La vie quotidienne : ferme, école, hôpital, chantier
Moins spectaculaire, mais terriblement efficace. La ferme avec ses bottes de foin et son tracteur, l’école et ses petits pupitres, l’hôpital et son brancard, les pompiers, la police, la station-service. On y ajoutait le fameux Système X, ce jeu de barres et de connecteurs qui permettait de bâtir grues, échafaudages et structures improbables, et qui finissait toujours par s’écrouler au mauvais moment.
Le 1.2.3, le cirque, la maison 1900
Au début des années 1980, la gamme 1.2.3 offre des figurines plus grosses, plus rondes, plus sûres, pour les plus petits — beaucoup d’entre nous ont commencé par là avant d’avoir « le droit » aux vraies. Suivent le grand cirque, décliné en partenariat avec le cirque Roncalli, avec son chapiteau en toile, ses gradins et ses artistes ; les trains à grande échelle et leurs rails gris ; et, à la fin de la décennie, la somptueuse maison victorienne, dite maison 1900, avec sa véranda, son mobilier bois et ses lustres. Ces grands sets sont devenus des pièces de référence.
Les décennies suivantes
Les années 1990 et 2000 apportent les Romains, les Égyptiens, les dragons, les fées et les princesses, puis les parcs à thème et enfin, plus récemment, les licences : Ghostbusters, Retour vers le futur, Astérix, Scooby-Doo. Les visages gagnent des expressions, les cheveux se sculptent, les moules se complexifient. Les puristes préfèrent parfois s’arrêter avant ; d’autres y voient la preuve qu’un jouet de 1974 sait encore parler aux enfants de 2024.
Le rituel de la boîte bleue
Une grande part du plaisir tenait à l’emballage. La boîte à dominante bleue, la photo de mise en scène avec un décor peint, le numéro de référence à quatre chiffres imprimé dans un coin. À l’intérieur : les sachets de polyéthylène qu’on ouvrait aux dents, les grappes de petites pièces à détacher, le plan de montage en pictogrammes sans un mot de texte — universel, donc lisible par un enfant de six ans — et cette planche de décalcomanies numérotées qu’il fallait poser droit du premier coup. Combien de blasons de travers, combien de bulles sous l’autocollant ?
Ensuite venait l’archivage maison : la boîte à chaussures, la caisse en plastique, parfois le casier à vis récupéré au garage, un compartiment pour les chapeaux, un pour les armes, un pour les cheveux. Et la certitude qu’il manquerait toujours une main, un sabre ou une roue — avalés par l’aspirateur ou perdus chez le cousin.
Chiner, reconnaître, dater : le b.a.-ba
Constituer une collection aujourd’hui se fait rarement en magasin. Cela se joue en brocante, en vide-greniers, dans les bourses aux jouets et sur les plateformes d’occasion, souvent au sac de vrac. Quelques repères utiles :
- Regardez sous les pieds et à l’intérieur des pièces : les moules portent la mention « geobra » et, très souvent, une année de conception. C’est le meilleur indice de datation dont dispose un chineur.
- Traquez la complétude : un set se valorise avec sa notice, ses autocollants non posés et sa boîte d’origine. Sans eux, on reste dans le lot de jeu — parfait pour reconstituer, moins pour la vitrine.
- Méfiez-vous du jaunissement : les blancs et les gris clairs virent à l’ivoire avec la lumière. C’est le principal défaut des pièces sorties d’un grenier ou restées sur une étagère ensoleillée.
- Inspectez les points fragiles : charnières de visières, clips de capots, mâts fins, attaches de portes de château, roues déformées.
- Pensez aux pièces détachées : la marque a longtemps proposé un service de vente de pièces de rechange, et les collectionneurs s’échangent volontiers un chapeau ou une main manquante en bourse.
Ce qui fait grimper la cote
Sans avancer de chiffres, on peut dégager des tendances connues des amateurs : les sets des premières années en boîte intacte, les séries courtes ou retirées vite du catalogue, les éditions promotionnelles distribuées par des enseignes ou lors d’événements, les variantes de couleurs propres à certains marchés, et les exclusivités vendues dans les parcs de la marque. À l’inverse, les grosses séries produites pendant des années restent abordables — et ce sont souvent les plus chaleureuses à retrouver.
Nettoyer et conserver sans rien abîmer
- Eau tiède et savon doux, brosse à dents souple pour les recoins. Jamais de solvant ni d’alcool sur une décalcomanie : elle partirait avec la crasse.
- Séchage complet avant remontage, surtout pour les pièces creuses qui retiennent l’eau.
- Loin du soleil et des radiateurs, dans des bacs opaques plutôt que sur une étagère exposée.
- Pas de colle : le charme du système, c’est qu’il se démonte. Une pièce recollée perd sa valeur et son âme.
Pourquoi on n’a jamais vraiment rangé ses Playmobil
Ce qui distingue ce jouet, au fond, c’est qu’il ne racontait rien tout seul. Il attendait. Le château n’était un château que parce qu’on décidait qu’un siège aurait lieu avant le dîner ; le bonhomme au casque jaune devenait pompier, puis contremaître, puis explorateur selon l’humeur du mercredi après-midi. On mélangeait les époques sans complexe : un cow-boy à bord d’un vaisseau spatial, un chevalier au volant d’un camion de chantier. Aucune règle, aucun mode d’emploi au-delà des pictogrammes.
Alors on ressort les bacs. On retrouve un sabre plié, une chevelure brune qui a gardé la forme du casque, un blason à moitié décollé. Et en deux minutes, la moquette du salon revient, l’odeur du plastique neuf aussi.
Une vente exceptionnelle en France le 26 septembre 2026
En France
- L’événement le plus marquant à ce jour sera une vente aux enchères exceptionnelle organisée le samedi 26 septembre 2026 à l’Hôtel Drouot (possibilité d’enchérir en ligne) par le commissaire-priseur Vincent Pestel-Debord, avec plus de 280 lots issus des archives publicitaires et promotionnelles de Playmobil. C’est une première historique car, pour une fois, ce ne sont pas des collections privées qui sont vendues mais les « géants » appartenant au patrimoine même de la marque. Le lot phare compte plus de 70 figurines géantes représentant des personnages et animaux iconiques, plus de 170 dioramas en 3D (police, ferme, château fort, princesses, chevaux) et une trentaine de pièces publicitaires rares (totems, présentoirs, structures 3D). Certaines figurine géantes vendues par Playmobil France toisent 170 cm pour un cheval, 160 cm pour un chevalier, voire jusqu’à trois mètres pour un dragon ! Une vente unique à but caritatif qui va attirer les fans de ces figurines Playmobil version XXL !
