Avant la guerre entre Sega et Nintendo, bien avant l’arrivée des PlayStation et des Xbox, il y eut un commencement. Une époque où le simple fait de contrôler un carré blanc sur l’écran de la télévision familiale relevait de la science-fiction. Pour beaucoup d’entre nous en France, ce souvenir est lié à une machine bien précise, une boîte au design futuriste qui a ouvert les portes d’un nouveau monde. Mais quelle a été la véritable première console ? Partons sur les traces de ces pionniers, en commençant notre enquête sur la première console de jeu vidéo dans les foyers français de la fin des années 70 avant de traverser l’Atlantique pour découvrir l’inventeur originel et le géant qui a tout changé.
En France, le Philips Videopac, notre premier amour ?
Pour de nombreuses familles françaises, la première rencontre avec un jeu vidéo à cartouches et la console de jeu vidéo s’est faite sous la bannière d’une marque européenne bien connue : Philips. Dès 1978-1979, le Philips Videopac G7000 fait son apparition dans les rayons. Il ne s’agit pas d’une simple console « Pong » limitée à un seul jeu. Le Videopac est une véritable révolution pour l’époque : une machine programmable capable d’accueillir des jeux différents, vendus séparément sur des cartouches numérotées.
Son design seul le distinguait. Avec son aspect métallique brossé, ses manettes filaires solidaires de la coque et, surtout, son clavier plat à membrane, il ressemblait plus à un ordinateur personnel naissant qu’à un simple jouet. Cette approche « sérieuse » était la marque de fabrique de Philips. La promesse n’était pas seulement de jouer, mais aussi d’apprendre. On trouvait ainsi des cartouches de logique, de stratégie, et même un module d’initiation à la programmation (le C7010).
Les manettes étaient elles-mêmes uniques, avec un stick analogique en métal et un seul bouton d’action. Elles offraient une précision surprenante pour l’époque. Des jeux comme Le Labyrinthe, Les Satellites Attaquent ! ou Le Trésor Englouti + Le Monstre du Lagon ont marqué une génération de joueurs. Chaque boîte de jeu, avec ses illustrations rétrofuturistes, était une invitation au voyage. Le Videopac n’a peut-être pas eu l’aura « cool » de son futur concurrent américain, mais il fut pour beaucoup le premier contact, la porte d’entrée respectable et fascinante vers le loisir numérique.
Aux origines du jeu : Ralph Baer et la Magnavox Odyssey
Pourtant, avant que Philips ne séduise l’Europe, l’idée même de la console de salon avait déjà germé dans l’esprit d’un homme. Cet homme, c’est Ralph Baer, un ingénieur américain considéré aujourd’hui comme le « père des jeux vidéo ». Dès 1966, il travaille sur un projet secret pour son employeur, la société Sanders Associates. Son objectif : permettre aux gens d’interagir avec leur poste de télévision. Après plusieurs prototypes, il met au point en 1968 le fameux « Brown Box » (la « Boîte Marron »), un boîtier en bois qui contient tous les circuits nécessaires pour afficher et contrôler des points lumineux à l’écran.
L’invention est si novatrice que de nombreuses entreprises de l’électronique hésitent à s’y intéresser. C’est finalement la société Magnavox qui flaire le potentiel et décide de commercialiser le concept. En 1972, la toute première console de jeux vidéo de l’histoire est née : la Magnavox Odyssey.
Son fonctionnement était rudimentaire mais génial. La console était entièrement analogique, sans processeur ni mémoire vive. Les « jeux » étaient contenus sur des cartes imprimées, sorte de « jumpers » qui ne contenaient aucune donnée mais se contentaient de reconfigurer les circuits internes de la machine pour afficher différents éléments.
Pour pallier la simplicité extrême des graphismes (quelques carrés blancs), la console était vendue avec une série de « calques » en plastique à apposer sur l’écran de la télévision. Ces « overlays » représentaient un terrain de football, une grille de jeu de société ou le décor d’une maison hantée, laissant une grande part à l’imagination du joueur. Elle était même livrée avec des jetons de poker et des dés, car de nombreux jeux nécessitaient de tenir les scores manuellement. Malgré un succès commercial mitigé, dû à un marketing maladroit qui laissait croire qu’elle ne fonctionnait que sur les téléviseurs Magnavox, l’Odyssey avait posé toutes les bases.
Le big bang commercial : L’Atari 2600, la déferlante
Si l’Odyssey a inventé la console et le Videopac l’a introduite en France, c’est bien une autre machine qui a transformé ce loisir de niche en un phénomène de société planétaire : l’Atari 2600. Lancée en 1977 aux États-Unis (et un peu plus tard en France, où elle finira par éclipser le Videopac), l’Atari 2600, ou Atari VCS, change la donne.
Forte du succès colossal de son jeu d’arcade Pong, la société Atari dispose d’une image de marque jeune, dynamique et tournée vers l’action. Là où le Videopac se voulait presque éducatif, l’Atari 2600 promettait du fun à l’état pur. Son design iconique avec sa façade en faux bois, ses joysticks noirs robustes avec leur bouton rouge unique, et surtout, son catalogue de jeux, vont la propulser au rang de légende.
La force d’Atari fut de réussir à porter l’expérience de la salle d’arcade directement dans le salon. L’adaptation de Space Invaders en 1980 fut un événement majeur, la « killer application » qui a fait vendre des millions de consoles. Pour la première fois, on pouvait jouer chez soi, à l’infini, à ce hit planétaire. Ont suivi des dizaines de titres cultes qui ont défini des genres entiers. Parmi ceux-ci, Pac-Man, Asteroids, Missile Command, Centipede, et le révolutionnaire Pitfall!. Ce dernier est considéré comme l’un des premiers jeux de plateforme de l’histoire.
La console de jeu vidéo entre dans tous les foyers progressivement
L’Atari 2600 a créé un marché de masse. Elle a popularisé le modèle économique de la console vendue à un prix accessible. Le modèle économique consistait à se rattraper sur la vente des jeux. Elle a cimenté le statut du jeu vidéo comme pilier de la pop culture. D’ailleurs, au même titre que le cinéma ou la musique. C’est elle qui, pour la majorité du public, représente la « première » console. Celle des mercredis après-midi et des week-ends pluvieux, celle qui a véritablement lancé l’âge d’or du jeu à domicile.
En conclusion, définir « la » première console est une affaire de perspective. L’Odyssey fut l’inventeur, le Videopac fut l’introducteur pour beaucoup de Français, mais l’Atari 2600 fut le conquérant. Trois machines, trois philosophies, qui ont chacune posé une pierre essentielle à l’édifice du jeu vidéo que nous connaissons aujourd’hui.
FAQ : Vos questions sur les premières consoles de jeu
Q : Alors, quelle est vraiment la toute première console sortie en France ?
R : Les toutes premières machines disponibles en France, avant même le Videopac, étaient des consoles dédiées de type « Pong ». Il s’agissait de boîtiers ne contenant qu’un seul jeu (souvent une variante du tennis) non interchangeable. Le Philips Videopac G7000 est cependant considéré comme la première console emblématique à cartouches interchangeables commercialisée sur le territoire français. Cette console a été suivie de près par l’Atari 2600.
Q : Comment fonctionnaient les cartouches de la Magnavox Odyssey si elles ne contenaient pas de données ?
R : C’est l’une des particularités de cette console. Les « cartouches » n’étaient en fait que des circuits imprimés agissant comme des interrupteurs. En les insérant, on complétait certains circuits de la console pour activer ou désactiver des composants électroniques de base (générateurs de points, lignes, etc.. c’est ainsi qu’on créait les « règles » d’un jeu. Tout le « code » était matériel et non logiciel.
Encore à savoir sur la première console de jeu
Q : Pourquoi l’Atari 2600 a-t-elle eu beaucoup plus de succès que le Philips Videopac en France ?
R : Plusieurs facteurs expliquent ce succès. Premièrement, la marque Atari était déjà très connue grâce aux salles d’arcade. Deuxièmement, son catalogue de jeux, rempli de conversions de hits d’arcade. Des jeux comme Space Invaders ou Pac-Man, étaient bien plus attractif pour le grand public. Enfin, son marketing était plus agressif et centré sur le divertissement pur. Pour sa part, Philips gardait une image plus « technologique » et familiale.
Q : Combien coûtaient ces consoles à leur sortie ?
R : C’était un investissement très important pour une famille de l’époque. En France, au début des années 80, il fallait compter entre 1000 et 1500 francs pour une console comme l’Atari 2600 ou le Videopac. Ce qui, rapporté au pouvoir d’achat actuel, représenterait plusieurs centaines d’euros. Chaque jeu sur cartouche coûtait également plusieurs centaines de francs.
