1988 : récits d’une époque fascinante

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Fermez les yeux. Nous sommes en 1988. Vous portez un blouson Chevignon ou un bomber. Dans votre Walkman, une cassette tourne en boucle. À la télévision, les images sont encore au format 4/3.

L’ambiance est particulière. On sent que les « années fric » et le bling-bling du début de la décennie commencent à s’estomper au profit d’une quête de sens, ou du moins, d’évasion. C’est une année de transition politique, culturelle et technologique.

Une France politique et « Unie »

L’événement majeur qui rythme le début de l’année, c’est l’élection présidentielle. La France retient son souffle. Le duel au sommet oppose deux figures historiques : François Mitterrand et Jacques Chirac.

L’affiche de campagne de Mitterrand est gravée dans toutes les mémoires. « La France Unie ». Un slogan simple, une photo rassurante avec ce paysage de campagne en arrière-plan. « Tonton », comme l’appelle affectueusement (ou ironiquement) la jeunesse grâce à Renaud, est réélu le 8 mai.

C’est la fin de la première cohabitation. Michel Rocard arrive à Matignon. Pour le citoyen lambda, cela signifie une certaine stabilité, mais aussi l’ouverture vers une société qui se modernise à marche forcée. On parle d’Europe, on parle d’ouverture. C’est aussi l’année de l’inauguration de la Pyramide du Louvre. Décriée au début, elle devient instantanément le symbole d’un Paris qui ose le mélange des genres, entre histoire et futurisme.

Le phénomène cinématographique aquatique

Si l’on ne devait retenir qu’une seule œuvre de 1988, ce serait celle-ci. Le 11 mai 1988, Luc Besson sort Le Grand Bleu.

Ce n’est pas un film, c’est un raz-de-marée sociologique. La critique parisienne le déteste, le public l’adore. Une génération entière se reconnaît dans le silence de Jacques Mayol (joué par Jean-Marc Barr) et la folie d’Enzo Molinari (Jean Reno).

L’impact est immédiat et colossal. Les inscriptions dans les clubs de plongée explosent. Tout le monde veut nager avec les dauphins. La bande originale d’Éric Serra, avec ses nappes de synthétiseur planantes, résonne dans toutes les chambres d’adolescents. On achète le poster géant pour le mettre au-dessus du lit.

Mais 1988, c’est aussi l’année de L’Ours de Jean-Jacques Annaud. Un autre film taiseux, contemplatif, qui remplit les salles. Et pour les amateurs de technique, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? débarque. Le mélange entre animation et prises de vues réelles atteint une perfection jamais vue. C’est la magie du cinéma des années 80 à son sommet : technique, populaire et audacieux.

La bande-son de nos vies : Top 50 et mégaconcerts

Allumez la radio. C’est l’âge d’or du Top 50. En 1988, la variété française se porte à merveille, mais elle côtoie les stars internationales.

C’est l’année de l’hymne absolu des mariages et des fêtes de village : Nuit de Folie de Début de Soirée. « Et tu chantes, chantes, chantes… ». Impossible de ne pas connaître la chorégraphie. Le duo, avec ses costumes larges typiques de l’époque, incarne cette insouciance festive.

Mylène Farmer confirme son statut d’icône avec l’album Ainsi soit je…. Le clip de Pourvu qu’elles soient douces est un véritable court-métrage. Il dure près de 18 minutes ! C’est une révolution. On ne regarde plus les clips, on les dévore comme des films.

Sur la scène internationale, Michael Jackson est le roi du monde. Sa tournée Bad World Tour passe par la France. C’est l’événement musical de la décennie. Voir le « King of Pop » au Parc des Princes en juin 1988 était le graal absolu.

N’oublions pas le concert mythique pour les droits de l’homme à La Courneuve en septembre. Bruce Springsteen, Sting, Peter Gabriel, Tracy Chapman… Ils chantent devant une foule immense. C’est le rock qui s’engage, le rock qui veut changer le monde.

Le petit écran : Dorothée et les Chevaliers

Pour les enfants de 1988, la vie s’organise autour d’une messe quotidienne : le Club Dorothée sur TF1.

L’émission est à son apogée. Dorothée, Ariane, Corbier, Jacky et Patrick sont les nounous de la France. Mais surtout, 1988 marque l’arrivée massive des dessins animés japonais qui vont forger la « culture manga ».

Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya) débarquent et mettent une claque visuelle à tout le monde. Les armures scintillent, les combats sont épiques, la musique est grandiose. Dragon Ball est déjà là, mais la folie ne fait que commencer.

C’est aussi l’année où Les Guignols de l’Info font leurs premiers pas sur Canal+ (sous le nom Les Arènes de l’info). L’irrévérence commence à s’installer à l’heure du dîner. PPD devient aussi célèbre que le vrai PPDA.

Technologie : la guerre des 8-bits et le règne du Minitel

Dans le salon, sous la télévision, une guerre sans merci fait rage. D’un côté, la Nintendo NES (sortie fin 87 en France mais qui explose en 88). De l’autre, la Sega Master System.

En 1988, on joue à Super Mario Bros. ou à Alex Kidd. Les graphismes sont simples, les manettes sont rectangulaires, mais le plaisir est infini. On s’échange les cartouches dans la cour de récréation. On souffle dedans quand ça ne marche pas (même si c’était déconseillé !).

Mais l’objet technologique qui trône fièrement dans l’entrée, c’est le Minitel. Le petit cube beige est partout. En 1988, le trafic du « 3615 » atteint des sommets. On réserve ses billets de train, on consulte les résultats du bac, et les plus audacieux s’aventurent sur les messageries roses du 3615 ULLA. C’est l’internet avant l’heure, lent, pixelisé, et facturé à la minute sur la note de téléphone.

Mode : le crépuscule des épaulettes

La mode de 1988 est un festival de volumes et de textures. C’est la fin des années 80, donc tout est exagéré.

Les femmes portent des vestes à épaulettes larges. La silhouette est structurée, imposante. Le « Power Dressing » est de mise pour celles qui travaillent. Le jean est roi, mais pas n’importe lequel. Le jean « neige » (acid wash) est partout. Blousons, pantalons, jupes… le denim délavé à l’acide est le comble du chic.

Côté couleurs, on n’a pas peur. Le fluo fait de la résistance par touches (lacets, chaussettes, bandeaux), mais on voit arriver des teintes plus chaudes, des ocres, des moutardes. Les marques de sport envahissent la rue. Porter un survêtement Adidas ou Tacchini n’est plus réservé au stade. C’est le début du « sportswear » comme vêtement de loisir quotidien.

Dans le garage : la voiture de l’année

Si vous regardiez par la fenêtre en 1988, vous voyiez passer la nouvelle star du bitume : la Peugeot 405. Elle vient d’être élue « Voiture européenne de l’année ». Avec sa ligne fluide signée Pininfarina, elle modernise le parc automobile français.

La Renault 19 (R19) pointe aussi le bout de son nez cette année-là. Elle remplace les R9 et R11. Les lignes s’arrondissent. On quitte le design « carré » du début des années 80 pour l’aérodynamisme des années 90.

C’est aussi l’époque des petites bombinettes : la 205 GTI 1.9L fait rêver tous les jeunes permis. C’est la voiture de la liberté, nerveuse et dangereuse.

Pourquoi collectionner 1988 ?

Pourquoi cette année fascine-t-elle les collectionneurs aujourd’hui ? Parce qu’elle est « complète ». Un vinyle de 1988 a ce son particulier, produit mais encore chaleureux. Une console de 1988 est increvable. Les jouets de cette année-là (les figurines G.I. Joe, les Tortues Ninja qui arrivent, les Popples) sont de qualité.

C’est une année charnière qui mélange la nostalgie pure d’une enfance analogique avec les prémices de notre monde numérique actuel. Posséder un objet de 1988, c’est posséder un fragment d’insouciance.


FAQ : Tout savoir sur l’année 1988

Quel film a fait le plus d’entrées en France en 1988 ?

C’est L’Ours de Jean-Jacques Annaud qui a terminé en tête du box-office, suivi de près par Le Grand Bleu et Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. Rain Man a également été un énorme succès en fin d’année.

Qui a gagné l’Eurovision en 1988 ?

C’est une certaine Céline Dion ! Elle ne représentait pas la France ni le Canada, mais la Suisse. Elle a remporté le concours avec la chanson Ne partez pas sans moi à Dublin, lançant sa carrière internationale.

Quel était le prix d’une baguette de pain en 1988 ?

La baguette coûtait environ 2,80 à 3,00 Francs. Cela équivaut à environ 0,45 euro (sans tenir compte de l’inflation). Le passage à l’euro nous fait souvent oublier ces petits prix du quotidien.

Quelle console portable est sortie au Japon en 1988 mais pas encore en France ?

La Game Boy de Nintendo ! Elle n’arrivera en France qu’en 1990, mais elle a commencé sa conquête du monde au Japon dès avril 1989 (annonce fin 88). En 1988, on jouait encore aux « Game & Watch ».

Quel grand événement sportif a eu lieu en 1988 ?

Les Jeux Olympiques d’été de Séoul, en Corée du Sud. Ils ont été marqués par le scandale du dopage de Ben Johnson sur le 100 mètres, un choc mondial à l’époque. En France, on se souvient de la médaille d’or en équitation de Pierre Durand et Jappeloup.

Quels étaient les jouets stars de Noël 1988 ?

Les figurines Chevaliers du Zodiaque (Bandai) étaient en rupture de stock partout. La poupée Barbie (notamment la version Rock Star) et les véhicules Micro Machines étaient aussi sous beaucoup de sapins.