Chaussures à plateformes : histoire et mode

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Elles sont bien plus que de simples accessoires de mode. Les chaussures à plateformes sont des déclarations d’intention. Se hisser sur ces semelles compensées, c’est refuser la banalité du sol ferme. C’est décider de regarder le monde d’un peu plus haut. Symbole de fête, d’excentricité et parfois de provocation, ces souliers ont traversé le siècle en laissant une empreinte géante. Oubliez la discrétion. Ici, on parle de volume, de hauteur et de théâtre. Plongeons dans l’histoire vertigineuse de ces échasses urbaines qui ont fait trembler les pistes de danse et les trottoirs du monde entier.

Une invention née de la nécessité et du théâtre

On imagine souvent que la plateforme est une invention pop des années 70. C’est une erreur historique fréquente. Le concept de surélever le pied remonte à l’Antiquité. Les acteurs grecs portaient des cothurnes pour paraître plus grands sur scène.

Mais c’est à la Renaissance que l’objet devient mode. Les Vénitiennes adoptent les « chopines« . Ces socques pouvaient atteindre cinquante centimètres de haut. Elles servaient autant à protéger les robes de la boue qu’à afficher un statut social élevé.

La version moderne naît cependant dans les années 1930. Le génie derrière cette renaissance s’appelle Salvatore Ferragamo. Ce bottier italien visionnaire fait face à une pénurie de matériaux. L’acier manque pour renforcer les cambrures des talons aiguilles. Il a alors une idée lumineuse en utilisant du liège sarde. Il remplit l’espace entre le talon et la plante du pied. La semelle compensée est née. C’est léger, solide et sculptural. Les femmes l’adorent immédiatement. Judy Garland devient l’une des ambassadrices de ce style, apportant une touche de féerie arc-en-ciel à l’objet.

Le « Glam Rock » et l’abolition des genres

Les années 70 marquent l’âge d’or absolu de la plateforme. Mais cette fois, la révolution ne vient pas seulement des femmes. Les hommes s’emparent de la tendance avec une voracité inédite. C’est le mouvement Glam Rock qui met le feu aux poudres. Les chaussures à plateformes vont être mises sur le devant de la scène !

Regardez David Bowie ou Marc Bolan du groupe T. Rex. Ils portent des bottes à plateformes extravagantes. Les talons sont argentés, pailletés, peints d’éclairs ou d’étoiles. Le groupe KISS pousse le concept à l’extrême. Leurs bottes de scène deviennent des armures, des extensions monstrueuses de leurs personnages.

La chaussure à plateforme devient un outil politique. Elle brouille les pistes entre le masculin et le féminin. Elle permet aux hommes d’accéder à l’artifice. Dans la rue, la jeunesse suit le mouvement. On porte des « Loon pants » (pantalons très évasés) qui cachent la chaussure. Seul le bout rond et massif dépasse. Cela donne une allure de personnage de dessin animé, une silhouette aux pieds immenses et rassurants.

La fièvre du samedi soir et l’ère Disco

Si le rock a initié le mouvement, le disco l’a démocratisé. Sur les pistes de danse, la plateforme est reine. Elle a une fonction précise. Ce type de chaussure grandit la silhouette sous les projecteurs. Elle offre aussi, paradoxalement, une certaine stabilité comparée au talon fin.

Les matières changent radicalement. Le cuir cède la place au plastique brillant, au vinyle, aux couleurs fluo. On voit apparaître des semelles transparentes contenant de l’eau et des poissons rouges (souvent faux, heureusement). C’est l’époque de l’exubérance.

La chaussure doit briller. Elle doit capter chaque rayon de la boule à facettes. Les groupes comme ABBA en font leur uniforme. Les bottes montent jusqu’au genou, moulantes, reposant sur une plateforme blanche immaculée. C’est une esthétique futuriste et optimiste. Tout le monde veut toucher les étoiles.

Cependant, cette mode a ses dangers. Les chutes sont fréquentes. Les entorses de la cheville deviennent la blessure typique du « clubber » des années 70. Les médecins mettent en garde, mais la mode est plus forte que la raison médicale.

Le retour en force des années 90 : l’ère des « Spice Girls »

Après une éclipse dans les années 80, où le minimalisme et le sport dominent, la plateforme revient. Elle explose à nouveau au milieu des années 90. Cette fois, l’inspiration est différente. On mélange le sport et le chic, comme le soulignent certains documents de mode vintage.

Les « Spice Girls » sont les prophètes de ce retour. Elles portent les fameuses baskets Buffalo. Ces chaussures sont énormes, avec des semelles de dix centimètres en caoutchouc mousse. C’est le triomphe du « Girl Power ». La chaussure est massive, presque agressive. Elle ne cherche pas à être élégante ou fine.

La culture rave et techno adopte aussi ce style. Les cyber-goths portent des bottes noires, décorées de plaques métalliques, montées sur des plateformes gigantesques. C’est un look industriel, post-apocalyptique. Dans les défilés de mode, Vivienne Westwood fait chuter Naomi Campbell avec ses « Super Elevated Gillie » de 23 centimètres. Cette chute reste un moment culte de l’histoire de la mode, prouvant que la plateforme reste un objet indomptable.

Dans les magazines de mode de la fin des années 2000, on note encore l’influence de ces tendances. On conseille par exemple les « escarpins à patins » comme des indispensables de la garde-robe.

Comment porter les plateformes en mode vintage aujourd’hui ?

Intégrer ces chaussures architecturales dans une tenue actuelle demande de l’équilibre. Tout est une question de dosage des volumes.

Si vous optez pour des bottes style 70s, jouez la carte rétro à fond. Associez-les à un jean flare ou patte d’éph. La chaussure doit prolonger la jambe. Pour le haut, restez plus sobre pour ne pas tomber dans le déguisement. Un col roulé près du corps fera l’affaire.

Pour les adeptes du style 90s, les baskets à plateformes sont parfaites avec une mini-jupe ou une robe nuisette. Cela crée un contraste intéressant entre la lourdeur de la chaussure et la légèreté du vêtement. N’hésitez pas à « oser les accessoires » pour compléter le look.

Une tendance audacieuse, repérée dans les archives de mode, consiste à porter des sandales à plateformes « avec de grosses chaussettes en laine« . C’est un choix pointu, très « confort chic », idéal pour la mi-saison.

Pour les soirées, les matières brillantes comme l’argent ou le doré sont toujours du plus bel effet. Elles rappellent l’âge d’or du disco tout en apportant une touche festive immédiate.

Guide du collectionneur : chasser la perle rare

Trouver une vraie paire vintage est un défi excitant. Les matériaux vieillissent, surtout les colles et les mousses synthétiques.

Pour les pièces des années 70, vérifiez l’état du liège ou du bois. Ces matériaux sont durables mais peuvent se fissurer. Regardez bien la jonction entre la semelle et la chaussure. C’est souvent là que le temps fait son œuvre. Les marques comme « Biba » ou « Terry de Havilland » sont des graals absolus.

Pour les modèles des années 90, attention à l’hydrolyse. Les semelles en polyuréthane (comme sur les Buffalo ou les premières Art Company) peuvent s’effriter et partir en poussière si elles ont été mal conservées. Pressez la semelle avec le doigt. Si elle reste enfoncée ou semble collante, fuyez. Le matériau est mort.

Méfiez-vous des rééditions. Beaucoup de marques actuelles ressortent leurs modèles iconiques. Pour identifier une vraie vintage, regardez l’étiquette intérieure. Le pays de fabrication est un indice. « Made in Italy » ou « Made in Spain » était la norme pour la qualité à l’époque.

La marche avec des chaussures à plateformes : tout un art

Marcher avec des plateformes ne s’improvise pas. Oubliez le déroulé naturel du pied. La semelle rigide empêche souvent de plier les orteils.

Il faut adopter une marche plus « à plat ». Posez le pied plus verticalement. Engagez les abdominaux pour maintenir l’équilibre. Vos chevilles vont travailler davantage pour stabiliser l’ensemble.

Commencez par des hauteurs raisonnables (5 à 7 cm) avant de viser les sommets (12 cm et plus). Et surtout, surveillez le sol. Les pavés et les trottoirs inégaux sont vos pires ennemis. La plateforme vous isole des sensations du sol, ce qui peut surprendre au premier obstacle.

Mais quel plaisir une fois la technique maîtrisée ! On se sent puissant, immense, intouchable. C’est là toute la magie de cet accessoire : il transforme non seulement l’apparence, mais aussi le ressenti intérieur.


FAQ : Tout savoir sur les chaussures à plateformes vintage

Est-ce que les plateformes sont lourdes à porter ?

Cela dépend de l’époque et des matériaux. Les modèles des années 70 en bois ou en liège peuvent être étonnamment légers. En revanche, certaines chaussures des années 90 avec des semelles en gomme massive (« creepers » ou baskets) peuvent peser très lourd et fatiguer la jambe rapidement.

Peut-on conduire avec des chaussures à plateformes ?

C’est fortement déconseillé, voire dangereux. La semelle épaisse coupe le contact sensoriel avec les pédales. Vous ne sentez pas la pression exercée sur l’accélérateur ou le frein. Prévoyez toujours une paire de chaussures de rechange dans la voiture.

Quelle est la différence entre « wedges » et « plateformes » ?

La « wedge » (ou compensée) a une semelle pleine qui relie le talon aux orteils en formant un triangle. La « plateforme » désigne plus spécifiquement la partie épaisse sous l’avant du pied, qui peut être associée à un talon séparé (chunky heel) ou faire partie d’une semelle compensée continue.

Comment nettoyer des plateformes en liège vintage ?

Le liège est une matière naturelle poreuse. Nettoyez-le doucement avec un chiffon humide et un peu de savon doux. Évitez de le tremper. Pour le protéger et éviter qu’il ne se dessèche et s’effrite, vous pouvez appliquer une fine couche de vernis mat incolore spécial bois.

Les hommes peuvent-ils porter des plateformes aujourd’hui ?

Absolument ! La mode actuelle, tout comme celle des années 70, favorise le mélange des genres. Des bottines à talons cubains et plateformes ou des baskets à grosses semelles (chunky sneakers) sont très populaires dans le vestiaire masculin contemporain. Sans oublier les fameuses santiags !