Une odeur d’ozone électrique imprègne les moquettes fluo des salles d’arcade de la fin des années quatre-vingt-dix. Un riff de guitare saturé retentit soudain à l’insertion d’une pièce. Vous venez d’allumer le mythique flipper Monster Bash. Williams Electronic Games a conçu cette machine en 1998 sous la légendaire étiquette Bally. Le flipper marque véritablement la fin d’une époque dorée. La machine incarne le chant du cygne de l’ère WPC-95, juste avant l’hybride Pinball 2000. Pourquoi ce plateau spécifique fascine-t-il encore autant les collectionneurs du monde entier aujourd’hui ?
La genèse d’un chef-d’œuvre crépusculaire, le flipper Monster Bash
Rappelons que l’industrie du jeu de café traverse une violente crise à l’approche du nouveau millénaire. Les concepteurs cherchent alors désespérément un thème fort pour fédérer toutes les générations de joueurs. George Gomez, designer chez Williams, imagine alors un concept totalement improbable. Il propose d’associer les monstres « classiques » des studios Universal pour former un groupe de hard rock. L’idée semble extravagante sur le papier, mais elle convainc immédiatement la direction financière.
Kevin O’Connor prend ensuite ses pinceaux pour donner vie à cette vision décalée. Son illustration de plateau déborde de couleurs vives et de clins d’œil cinéphiles. Chris Granner, le compositeur principal, s’enferme dans son studio pour créer une bande-son survoltée. Chaque monstre reçoit un thème musical distinct, fusionnant rythmiques heavy metal et ambiances gothiques.
Lyman F. Sheats Jr. prend finalement les commandes du code logiciel. Le légendaire programmeur insuffle une profondeur stratégique inédite au titre. La production démarre durant l’été 1998 dans les immenses usines de Chicago. Les chaînes de montage américaines livrent très exactement 3 361 unités. Le déclin global du secteur de l’arcade explique ce chiffre de production relativement modeste. Cette faible distribution initiale génère d’ailleurs la rareté actuelle du modèle d’origine.
Chronologie : la fin de l’âge d’or
Ce calendrier de production serré ponctue les dernières heures de gloire du géant Williams.
- Juillet 1998 : L’usine de Chicago lance officiellement l’assemblage du premier Monster Bash.
- Août 1998 : Les ouvriers terminent la production des 3 361 exemplaires originaux destinés au marché mondial.
- Printemps 1999 : La marque déploie le système Pinball 2000 pour remplacer l’architecture classique WPC-95.
- Octobre 1999 : La division flipper de l’entreprise Williams ferme définitivement ses portes après plusieurs échecs commerciaux.
- Automne 2018 : Chicago Gaming Company (CGC) ressuscite la légende avec un modèle Remake sous licence officielle.
Le groupe Monsters of Rock et ses mécaniques
Le but du joueur consiste à recruter six créatures cauchemardesques pour monter un groupe de hard rock en vue d’un concert. Chaque personnage possède son propre instrument, son mode de jeu dédié, et un jouet mécanique interactif (« bash toy« ).

| Monstre | Instrument | Jouet mécanique et action requise sur le plateau |
|---|---|---|
| Frankenstein | Clavier | Figurine animée reposant sur une table d’opération. Le joueur percute les cibles mouvantes pour le redresser progressivement. |
| Dracula | Guitare | Piste motorisée en arc de cercle (« Drac Track »). Le vampire sort de son cercueil et glisse latéralement. |
| Créature du Lagon Noir | Saxophone | Éjecteur dissimulé sous un épais hologramme. La bille tombe dans un cratère pour déclencher la séquence Creature Feature. |
| Le Loup-Garou | Batterie | Rampes gauche et droite équipées d’un déviateur complexe. Les tirs croisés activent la frénésie Full Moon Fever. |
| La Momie | Basse | Sarcophage dont la lourde porte pivote grâce à un contact magnétique. L’insertion de la bille libère le mode Mummy Mayhem. |
| Fiancée de Frankenstein | Chant | Rampe centrale surélevée et dédiée au personnage. Les passages répétés accumulent les combos pour débloquer le microphone. |
Compléter les six défis individuels déverrouille l’accès à la première finale nommée Monster Bash. Achever brillamment toutes les séquences complexes autorise ensuite l’entrée dans la véritable apothéose : Monsters of Rock. Ce mode « wizard » extrêmement lucratif fait littéralement trembler l’armoire en crachant un hymne rock triomphant. Des boutons d’action spéciale placés sur la manchette aident ponctuellement le joueur à valider les tirs les plus difficiles.
Innovations mécaniques et Phantom Flip
Le plateau de jeu adopte une configuration en éventail classique, souvent qualifiée de « fan layout » par les puristes. Cette géométrie spatiale favorise des enchaînements fluides, procurant un rythme effréné à la partie. La prouesse technique primordiale réside toutefois dans la gestion des capteurs optoélectroniques.
Le système Phantom Flip donne littéralement l’illusion qu’un fantôme manipule vos batteurs. Deux cibles bleues encadrent étroitement le corps du monstre de Frankenstein. Frapper ces plots à plusieurs reprises arme cette fonctionnalité spectaculaire. Le flipper mémorise la vélocité exacte de la bille grâce aux capteurs des couloirs de retour. Lorsqu’une sphère d’acier dévale un couloir allumé, l’ordinateur calcule immédiatement la trajectoire optimale. Les batteurs se déclenchent tout seuls pour réussir un tir parfait sur une des rampes. Le mécanisme logiciel démontre la maîtrise absolue de l’équipe de développement.
Une autre trouvaille ludique concerne le mode multibille Mosh Pit. L’utilisateur accumule les passages au centre sur la cible tournante pour amorcer l’événement. La bille accélère ensuite frénétiquement, simulant à merveille l’énergie d’une foule en délire.
Le secret le mieux gardé du flipper Monster Bash : Lyman’s Lament
Les créateurs de jeux d’arcade des années quatre-vingt-dix aimaient dissimuler des surprises dans leurs lignes de code. Une tendance que l’on retrouve aussi dans ce flipper. En effet, ce plateau spécifique abrite l’un des « easter eggs » les plus célèbres de toute l’histoire du flipper : le Lyman’s Lament.
Pour activer le mode sans recourir aux codes de maintenance, le joueur vise précisément l’éjecteur du Concert Hall 44 fois de suite. Les connaisseurs impatients saisissent plutôt un code secret avec les boutons latéraux avant le lancement de la première bille. Une fois le déclenchement validé, le tempo musical bascule vers un rythme lancinant. L’ambiance sonore change radicalement pour laisser place à la voix sarcastique de Lyman Sheats. Le programmeur commente chaque tir raté avec un cynisme désopilant, rabaissant sans cesse le joueur. Trouver ce message caché relevait du mythe urbain absolu avant la démocratisation d’Internet.
Guide d’inspection pour les collectionneurs
Acquérir un modèle original de 1998 nécessite aujourd’hui un investissement de plusieurs milliers d’euros. Quelques éléments mécaniques et esthétiques sensibles réclament une inspection minutieuse de la part des collectionneurs avant toute transaction financière.
- Le mécanisme du vampire : La longue tige dissimulée sous le plateau provoque une usure mécanique intense. Contrôlez impérativement la fluidité du mouvement de la figurine de Dracula lors de ses allers-retours.
- La zone d’éjection : Le trou du Concert Hall encaisse de très violents impacts métalliques. Le bois vernis s’effrite quasiment systématiquement autour de cette cavité précise. La pose d’un protecteur métallique sur mesure signale généralement un entretien rigoureux.
- L’usure des cibles centrales : Les deux épaisses cibles mouvantes fixées devant la table d’opération cassent régulièrement. Jetez un œil aux soudures arrières pour vérifier la présence des pièces d’origine.
- L’afficheur matriciel : Scrutez l’écran plasma orange à l’allumage de la machine. Un composant fatigué affiche des coins sombres ou souffre d’un temps de chauffe particulièrement long. Beaucoup de propriétaires remplacent désormais cette pièce par une dalle LED couleur moderne.
- Les illustrations de caisse : Le rouge vif des grands autocollants latéraux perd son éclat sous l’action des ultraviolets. Des couleurs éclatantes traduisent un stockage à l’abri de la lumière solaire ou une restauration récente.
FAQ du flipper Monster Bash
Combien d’exemplaires originaux Williams a-t-il fabriqués ?
L’usine de Chicago a assemblé exactement 3 361 machines entre les mois de juillet et d’août 1998.
Quelle est la différence fondamentale entre l’original et le Remake commercialisé en 2018 ?
Chicago Gaming Company a construit et commercialisé cette réédition contemporaine. Ce modèle conserve le gameplay intact, mais ajoute une électronique fiabilisée, un écran couleur et un éclairage LED interactif.
Comment déclencher la finale ultime Monsters of Rock ?
Le flipper exige l’accomplissement de deux tâches majeures : démarrer les six modes liés aux différentes créatures, et terminer brillamment tous leurs objectifs de collecte avant de viser l’éjecteur principal.
