Frankenstein de Mary Shelley : monstre et humanité

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Imaginez une nuit de juin 1816, au bord du lac Léman. La pluie cogne contre les volets de la Villa Diodati. Autour du feu, Lord Byron, Percy Shelley et une jeune femme de dix-huit ans se lancent un défi : écrire la meilleure histoire d’horreur possible. Cette jeune femme, c’est Mary Shelley. C’est à ce moment qu’est né le fameux roman Frankenstein de Mary Shelley. Et ce qu’elle va coucher sur le papier va changer la littérature, le cinéma, la culture populaire — et même notre façon de penser la science.

Frankenstein ou le Prométhée moderne, publié en 1818, n’a pas pris une ride. Il a traversé deux siècles en accumulant les adaptations, les hommages, les parodies et les réinterprétations. Du monstre vert boulonné des films Universal aux figurines en vinyle qu’on chine encore dans les brocantes, en passant par les affiches de cinéma vintage qui ornent nos murs — Frankenstein est partout.

Dans cet article, on plonge au cœur de cette œuvre fondatrice : son contexte de naissance, ses thèmes philosophiques, ses adaptations cultes et son empreinte durable sur toute la culture rétro et populaire qu’on aime collectionner.


La nuit où tout a commencé : genèse d’un mythe littéraire

On aime les histoires d’origine. Celles qui sentent l’encre, le bois mouillé et l’électricité dans l’air. La naissance de Frankenstein en est une parmi les plus romanesques de l’histoire littéraire mondiale.

En 1816, l’éruption du volcan Tambora en Indonésie a provoqué ce qu’on appelle « l’année sans été » : des cieux gris, des récoltes perdues, une atmosphère de fin du monde qui planait sur toute l’Europe. C’est dans cette ambiance apocalyptique que Mary Godwin — elle n’est pas encore Shelley — se retrouve en Suisse avec son amant Percy, Lord Byron et son médecin John Polidori.

Le défi lancé ce soir-là par Byron est simple : chacun doit écrire un conte fantastique. Byron abandonne rapidement. Polidori produira Le Vampire, premier jalon du genre vampirique anglais. Mais Mary, elle, s’accroche. Elle rêve — littéralement — d’un créateur terrifié par sa propre créature. L’image s’impose à elle avec une clarté presque hallucinatoire.

Ce qui frappe, rétrospectivement, c’est à quel point cette genèse est marquée par la modernité. Mary Shelley n’invente pas un folklore ancestral. Elle s’inspire de la science contemporaine : les expériences de Luigi Galvani sur l’électricité animale, les débats philosophiques sur la nature de la vie, les ambitions démiurgiques d’une époque qui commence à croire que l’homme peut tout.

Le roman paraît anonymement en 1818. On supposera longtemps qu’un homme l’a écrit — Percy Shelley lui-même, peut-être. Ce n’est qu’en 1823, pour la seconde édition, que le nom de Mary Shelley apparaît officiellement. Une injustice symbolique qui en dit long sur la place des femmes dans la création intellectuelle du XIXe siècle.

Frankenstein naît donc d’une tempête. Pas seulement météorologique.


Victor Frankenstein et sa créature : qui est vraiment le monstre ?

C’est la question que pose le roman depuis deux cents ans. Et la réponse n’a rien de simple.

Victor Frankenstein est un étudiant en sciences, brillant et obsessionnel, qui réussit l’impossible : insuffler la vie à un être assemblé de pièces cadavériques. Puis, pris de dégoût devant sa créature, il s’enfuit. Il abandonne. Et c’est là que tout bascule.

La créature — que Mary Shelley n’appelle jamais « monstre » dans le texte original — est douée de langage, de sensibilité, de désir d’appartenance. Elle lit Le Paradis perdu de Milton, Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Elle pleure. Elle aspire à l’amour. Et elle ne reçoit que rejet et violence.

Ce qui rend Frankenstein si puissant, c’est ce renversement moral constant. Victor est le créateur irresponsable, celui qui joue à Dieu sans en accepter les conséquences. La créature est la victime d’un abandon fondateur. Entre les deux, Mary Shelley tisse un dialogue philosophique vertigineux sur :

  • La responsabilité du créateur envers ce qu’il engendre
  • La nature de l’humanité : est-elle biologique ou sociale ?
  • Le rejet de l’autre comme moteur de violence
  • L’ambition sans éthique comme chemin vers la catastrophe

Ces thèmes résonnent de manière troublante avec notre époque — intelligence artificielle, génie génétique, transhumanisme. Mary Shelley avait tout anticipé. À dix-huit ans.

Le roman fonctionne aussi comme un roman épistolaire enchâssé : les lettres d’un explorateur arctique qui recueille Victor Frankenstein mourant, le récit de Victor lui-même, puis la voix de la créature. Trois couches narratives, trois regards sur la même tragédie. Une construction littéraire d’une sophistication remarquable pour l’époque.


L’adaptation Universal de 1931 : quand le cinéma crée une icône visuelle

Si vous avez dans votre salon une affiche jaunie représentant une créature au front plat, aux boulons dans le cou et au regard vide — vous possédez un morceau d’histoire du cinéma fantastique.

En 1931, Universal Pictures sort Frankenstein, réalisé par James Whale, avec Boris Karloff dans le rôle de la créature. Ce film va littéralement redessiner l’imaginaire collectif autour du mythe pour les cent années suivantes.

Le maquillage iconique de Jack Pierce — front carré, électrodes cervicales, démarche raide — n’existe pas dans le roman de Shelley. C’est une invention pure du cinéma. Mais elle s’est imposée avec une telle force qu’elle a fini par éclipser le texte original dans la mémoire populaire. Voilà un exemple fascinant de la façon dont le cinéma peut réécrire un mythe.

Boris Karloff, quasi muet dans ce film, joue pourtant une partition émotionnelle bouleversante. Sa créature n’est pas un monstre : c’est un enfant perdu dans un corps qui fait peur. Une douleur silencieuse que l’acteur britannique transcrit avec un génie rare.

Ce film a engendré une véritable franchise Universal Monsters dont les collectionneurs raffolent aujourd’hui :

  • Les affiches originales de 1931, véritables objets de musée
  • Les lobbycards en noir et blanc qu’on retrouve encore dans les vide-greniers américains
  • Les figurines Bela Lugosi et Boris Karloff en céramique des années 40
  • Les rééditions de VHS des années 80 dans leurs boîtiers cartonnés
  • Les modèles réduits Aurora des années 60, kits de montage devenus pièces de collection majeures

Le film de James Whale a aussi installé durablement l’esthétique gothique-vintage que toute une sous-culture de passionnés continue d’alimenter.


Frankenstein dans la culture pop : du psychobilly aux jeux vidéo rétro

Le génie d’un mythe, c’est sa capacité à se glisser partout. Et Frankenstein de Mary Shelley a colonisé la culture populaire avec une discrétion de conquérant.

Dans la musique, la créature s’invite dès les années 50 avec le rockabilly monstrueux : Bobby « Boris » Pickett signe en 1962 Monster Mash, tube absolu qui évoque Frankenstein, Dracula et la Momie dans une fête dansante délirante. Le morceau atteint la première place des charts américains à Halloween — et y revient chaque année depuis. Un phénomène cultural unique.

Dans les années 80, le groupe de shock rock The Misfits — dont les vestes en cuir ornées de crânes ornaient les vestiaires de milliers d’adolescents — construisait toute son esthétique sur l’horreur vintage. Frankenstein était une référence permanente. Aujourd’hui, leurs vinyles originaux s’arrachent à prix d’or dans les disquaires spécialisés.

Du côté des jeux vidéo rétro, la créature apparaît dans des titres oubliés mais savoureux :

  • Frankenstein’s Monster sur Atari 2600 (1983)
  • Mary Shelley’s Frankenstein sur Super Nintendo et Mega Drive (1994), adaptation du film de Kenneth Branagh
  • Des cameos dans des jeux d’horreur NES qui font fondre les collectionneurs de cartouches

Dans la bande dessinée, le comics The Monster of Frankenstein publié par Marvel dans les années 70 a produit une série de couvertures splendides — des objets vintage qu’on encadre aujourd’hui comme des œuvres d’art.

Frankenstein n’est pas qu’un roman. C’est une fréquence culturelle sur laquelle chaque époque se branche à sa façon.


Les objets à collectionner : le marché du vintage Frankenstein

Si vous fréquentez les brocantes, les vide-greniers ou les salons du collectionneur, vous savez que Frankenstein est une valeur sûre. Le marché des memorabilia autour de cette figure est aussi riche qu’imprévisible.

Parmi les pièces les plus recherchées :

Les affiches de cinéma originales restent le Graal absolu. Une affiche du film de 1931 en bon état peut atteindre des dizaines de milliers d’euros aux enchères. Mais même les rééditions des années 50 et 60 ont une vraie valeur patrimoniale.

Les kits Aurora des années 60 méritent une mention spéciale. Ces modèles en plastique à monter soi-même — Frankenstein, Dracula, la Momie — sont devenus des objets cultes. Trouvez un kit non assemblé dans sa boîte d’origine et vous tenez une pièce rare. Assemblé mais bien peint, c’est déjà une belle trouvaille pour décorer une étagère rétro.

Les jouets en caoutchouc des années 70-80, les figurines Ben Cooper pour Halloween, les masques en plastique thermoformé — tout cet univers du déguisement vintage suscite un engouement croissant.

Pour les amateurs de papier et imprimé :

  • Les numéros originaux du magazine Famous Monsters of Filmland (Warren Publishing)
  • Les éditions illustrées du roman de poche des années 70
  • Les cartes à jouer et jeux de société vintage à thème monstrueux

Conseil pratique : les salons comme Alerte aux Monstres ou les conventions rétro-horror en France sont des mines d’or pour dénicher ces objets à des prix encore raisonnables. Le marché monte, mais il reste accessible à qui cherche avec patience.


Mary Shelley au XXIe siècle : une autrice à redécouvrir absolument

Pendant longtemps, on a célébré Frankenstein sans vraiment célébrer Mary Shelley. On a parlé du monstre sans parler de la femme qui l’a inventé à dix-huit ans, orpheline de mère, en fuite avec un poète marié, dans une Europe bouleversée par les guerres napoléoniennes.

Le XXIe siècle commence à corriger cette injustice. Le biopic Mary Shelley de Haifaa al-Mansour (2017), avec Elle Fanning dans le rôle titre, a contribué à replacer l’autrice au centre de sa propre histoire. Un film imparfait mais nécessaire, qui donne envie de plonger dans la biographie de cette femme extraordinaire.

Car Mary Shelley mérite qu’on s’y attarde vraiment :

  • Elle perd sa mère, la philosophe Mary Wollstonecraft, à l’accouchement
  • Elle s’enfuit à seize ans avec Percy Bysshe Shelley, poète génial et figure du romantisme anglais
  • Elle perd plusieurs enfants en bas âge
  • Elle voit Percy mourir noyé en 1822 — elle a vingt-quatre ans
  • Elle continue d’écrire : Valperga, Le Dernier Homme (1826), visionnaire roman post-apocalyptique

Frankenstein porte tout ce poids biographique. La créature abandonnée par son créateur, c’est aussi l’enfant que la société rejette. La culpabilité de Victor, c’est peut-être celle de quiconque crée sans assumer.

Relire Mary Shelley aujourd’hui, c’est découvrir une autrice d’une modernité troublante, dont la pensée anticipe les débats les plus brûlants de notre siècle. Une redécouverte qui s’impose.


Conclusion

Deux siècles après sa publication, Frankenstein de Mary Shelley continue de hanter notre imaginaire avec une vitalité intacte. Ce roman de formation, d’horreur et de philosophie a engendré un mythe capable de se réinventer à chaque génération — du cinéma Universal aux consoles 16 bits, des vinyles rockabilly aux figurines de collection qu’on chine avec passion dans les brocantes.

Mais au-delà des objets et des adaptations, c’est la voix de Mary Shelley qu’il faut continuer à entendre : jeune, audacieuse, profondément humaine. Une voix qui pose des questions que nous n’avons toujours pas résolues.

Alors, avez-vous une pièce vintage à thème Frankenstein qui sommeille quelque part ? Une affiche, un jouet, un vieux magazine Famous Monsters ?


FAQ – Questions fréquemment posées

Q : Qui a vraiment écrit Frankenstein ?
R : Mary Shelley est l’autrice unique de Frankenstein, même si son mari Percy Bysshe Shelley a rédigé la préface de la première édition anonyme de 1818. On a longtemps attribué l’œuvre à Percy, mais les recherches contemporaines confirment sans ambiguïté que le roman est de Mary. Son nom apparaît officiellement pour la première fois sur la couverture de l’édition de 1823.

Q : Quel est l’âge de Mary Shelley quand elle écrit Frankenstein ?
R : Mary Shelley commence à écrire Frankenstein à dix-huit ans, lors du fameux été 1816 au bord du lac Léman. Le roman paraît deux ans plus tard, en 1818, alors qu’elle a vingt ans. Cette précocité est l’une des données les plus stupéfiantes de l’histoire littéraire : peu d’auteurs ont produit une œuvre aussi durable aussi jeunes.

Q : Le nom « Frankenstein » désigne-t-il la créature ou son créateur ?
R : Dans le roman de Mary Shelley, Frankenstein est le nom du créateur : Victor Frankenstein. La créature, elle, n’a pas de nom. La confusion populaire vient des adaptations cinématographiques, notamment du film Universal de 1931, où la créature est devenue « Frankenstein » dans l’imaginaire collectif. Cette inversion dit beaucoup sur la façon dont la culture populaire transforme les œuvres originales.

Q : Frankenstein est-il considéré comme le premier roman de science-fiction ?
R : Beaucoup de critiques et d’historiens de la littérature considèrent Frankenstein (1818) comme le premier véritable roman de science-fiction moderne, en ce sens qu’il fonde son récit fantastique sur des principes scientifiques contemporains (l’électricité, la biologie) plutôt que sur la magie ou le surnaturel pur. Brian Aldiss, théoricien majeur du genre, défend cette thèse avec conviction depuis les années 70.

Q : Quelles sont les meilleures adaptations cinématographiques de Frankenstein ?
R : Parmi les adaptations incontournables : le Frankenstein de James Whale (1931) avec Boris Karloff reste la référence absolue. La Fiancée de Frankenstein (1935) du même réalisateur est souvent jugé supérieur encore. Frankenstein s’est échappé de la Hammer (1957) avec Peter Cushing offre une version gothique britannique splendide.

Nadine

Journaliste depuis plus de 20 ans, j'ai travaillé pour la presse magazine nationale et régionale (Art&Décoration, Aladin, Le Chineur, Points de vente, etc). Passionnée de vintage, je suis auteur de plusieurs livres comme "Les années flipper", "Les années baby-foot", "Nous les enfants de 1962", "Les dix secrets du champagne", etc). Aujourd'hui je me consacre à Nos Années Vintage.