Renault 5 : la voiture qui a conquis la France

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Elle est l’une de ces rares silhouettes automobiles que l’on reconnaît au premier coup d’œil. Avec sa bouille sympathique, ses couleurs vives et son intelligence de conception, la Renault 5 n’a pas seulement marqué son époque, elle l’a incarnée. Née d’un coup de crayon génial au début des années 70, elle est rapidement devenue la coqueluche des Français avant de conquérir le monde. De la sage citadine plébiscitée par les jeunes et les femmes à la bête de rallye survitaminée, l’histoire de la R5 est une véritable épopée. Embarquez avec nous pour redécouvrir ce monument de notre patrimoine industriel et culturel.

La naissance d’une icône : le projet 122

À la fin des années 60, Renault sent le vent tourner. La 4L, bien que toujours vaillante, commence à accuser le poids des ans. Le constructeur a besoin d’une nouvelle petite voiture, plus moderne, plus séduisante et parfaitement adaptée aux nouveaux modes de vie urbains. C’est dans ce contexte que naît le « Projet 122 ». La légende raconte que le design de la future R5 est né presque par hasard, sous le crayon d’un jeune styliste, Michel Boué. Inspiré, il dessine en quelques nuits et week-ends, en dehors de toute commande officielle, une petite voiture à la ligne bicorps audacieuse et aux formes douces.

Son esquisse séduit immédiatement la direction de Renault, qui y voit le futur de la petite voiture populaire. La proposition de Boué est révolutionnaire. Elle intègre pour la première fois sur une voiture de grande série des pare-chocs en polyester, capables d’absorber les petits chocs du quotidien sans se déformer. Fini les pare-chocs chromés fragiles et coûteux à remplacer ! Cette innovation, couplée à un hayon pratique qui ouvrait sur une banquette arrière rabattable, offrait une polyvalence inédite pour une voiture de ce gabarit. Malheureusement, Michel Boué, décédé prématurément d’un cancer, ne verra jamais le succès phénoménal de sa création.

Lors de son lancement en 1972, la Renault 5 détonne. Elle est présentée au public avec un slogan impertinent et amical : « Salut, je suis la Renault 5 ». Sa campagne publicitaire, colorée et pleine d’humour, vise une clientèle nouvelle : les jeunes actifs, les femmes, les foyers cherchant une seconde voiture. Ses couleurs vives, comme l’orange ou le vert pomme, tranchent avec la grisaille du parc automobile de l’époque. Le succès est immédiat et fulgurant.

Une voiture en phase avec son temps

La Renault 5 n’est pas seulement un succès commercial, c’est un véritable phénomène de société. Elle arrive à point nommé pour accompagner les mutations de la France des années 70. Elle est la voiture de la jeunesse, de l’émancipation féminine, des loisirs et de la consommation naissante. Compacte, agile en ville, mais aussi capable de prendre la route pour les vacances, elle symbolise une forme de liberté accessible.

Son intérieur, bien que simple, est fonctionnel et malin. Le levier de vitesse au tableau de bord sur les premières versions (dit « parapluie ») libère de l’espace entre les sièges avant. L’absence de version cinq portes à ses débuts ne freine en rien son ascension, tant son design est jugé moderne et sympathique. Renault corrigera le tir en 1979, élargissant encore sa clientèle potentielle.

Son aura dépasse rapidement les frontières de l’Hexagone. Elle est exportée partout en Europe et même aux États-Unis, où elle est rebaptisée « Le Car » par AMC (American Motors Corporation). Ce nom, volontairement français, joue sur l’image chic et décalée que les Américains ont de la France. La R5 devient ainsi l’une des rares voitures françaises à connaître un succès d’estime outre-Atlantique.

Des versions pour tous les goûts, de la L à la Turbo

L’une des grandes forces de la Renault 5 fut sa capacité à se décliner pour satisfaire toutes les envies.

  • Les sages L et TL : Elles constituaient le cœur de gamme. Fiables, économiques, elles étaient les reines des villes et les compagnes fidèles du quotidien.
  • Les versions GTL et TS : À partir de 1974 avec la TS, Renault propose des versions un peu plus pimpantes. Moteur plus puissant, jantes spécifiques, phares à iode, compte-tours… Elles apportaient une touche de sportivité et de standing tout en restant accessibles.
  • La R5 Alpine (1976) : C’est la première à vraiment faire parler la poudre. En réponse à la Volkswagen Golf GTI, Renault confie sa citadine aux sorciers de Dieppe. Avec son moteur de 1397 cm³ développant 93 chevaux, sa boîte 5 vitesses et son châssis affûté, la R5 Alpine devient la petite sportive de référence en France. Elle sera suivie par la version Alpine Turbo, encore plus performante.
  • La R5 Turbo (1980) : Ici, on change de dimension. Il ne s’agit plus d’une citadine améliorée, mais d’une véritable bête de course homologuée pour la route. Conçue pour briller en rallye, son architecture est radicalement transformée : le moteur, un 1.4L turbo de 160 chevaux, migre en position centrale arrière ! Avec ses ailes bodybuildées et ses performances de supercar, la R5 Turbo devient un mythe instantané, qui brillera sur les routes du championnat du monde des rallyes.

En 1984, après 12 ans d’une carrière exceptionnelle et plus de 5,5 millions d’exemplaires vendus, il est temps de passer la main. La Supercinq prend le relais. Bien qu’elle lui ressemble, c’est une voiture entièrement nouvelle, plus moderne et plus spacieuse. Elle connaîtra elle aussi un immense succès, notamment grâce à sa version sportive emblématique : la fameuse GT Turbo, véritable icône des années 80.

Guide du collectionneur : le rêve est-il encore accessible ?

Aujourd’hui, la Renault 5 est une star du monde de la collection. Son capital sympathie est immense. Si vous souhaitez sauter le pas, voici quelques pistes.

  • Quel modèle choisir ? Pour la nostalgie pure et un budget raisonnable, une R5 TL ou GTL des années 70 dans une couleur d’époque est un excellent choix. Pour les amateurs de sensations, une R5 Alpine ou une Supercinq GT Turbo sont des musts, mais leur cote a fortement grimpé. Le graal absolu reste la R5 Turbo, dont les prix atteignent des sommets réservés à une élite de collectionneurs.
  • Les points de vigilance : Le principal ennemi de la R5 est la corrosion. Inspectez méticuleusement les passages de roues, les planchers, les bas de caisse et l’entourage du pare-brise. La mécanique est globalement robuste et simple, mais les versions sportives demandent un entretien rigoureux, notamment au niveau du turbo pour la GTT. L’intérieur peut aussi souffrir, avec des plastiques qui deviennent cassants et des selleries qui se déchirent.
  • Le budget : Comptez entre 3 000 et 6 000 euros pour un beau modèle de base en bon état. Une R5 Alpine se négociera plutôt entre 15 000 et 25 000 euros. Pour une Supercinq GT Turbo en parfait état, l’enveloppe se situe entre 20 000 et 30 000 euros. Quant à la R5 Turbo, il faudra débourser bien plus de 100 000 euros pour les plus beaux exemplaires.

La Renault 5 est bien plus qu’une simple tôle. Elle est un concentré de souvenirs, un symbole d’ingéniosité et une preuve que l’automobile peut aussi être joyeuse et populaire. Son héritage est si fort que Renault s’apprête à la faire renaître sous la forme d’un modèle électrique, preuve que les icônes ne meurent jamais.


Foire aux questions (FAQ) autour de la Renault 5

Pourquoi la Renault 5 est-elle devenue si populaire ? Son succès repose sur un cocktail parfait : un design novateur et sympathique, une grande praticité au quotidien grâce à son hayon, un marketing intelligent ciblant de nouvelles clientèles (jeunes, femmes), et un positionnement tarifaire accessible. Elle correspondait parfaitement aux besoins et à l’esprit de son époque.

Quelle est la différence fondamentale entre une R5 Alpine et une R5 Turbo ? Tout les oppose, sauf le nom ! La R5 Alpine est une traction (moteur et roues motrices à l’avant), une version sportive de la voiture de série. La R5 Turbo est une propulsion (roues motrices à l’arrière) avec un moteur en position centrale arrière, conçue spécifiquement pour la compétition en rallye.

Les premières Renault 5 avaient-elles cinq portes ? Non, à son lancement en 1972, la Renault 5 n’était disponible qu’en version trois portes. Il a fallu attendre 1979 pour que Renault introduise une version cinq portes, ce qui a permis d’élargir encore sa clientèle, notamment auprès des familles.

Est-il facile de trouver des pièces pour restaurer une Renault 5 ? Cela dépend du modèle. Pour les versions de grande série (TL, GTL), de nombreuses pièces mécaniques sont encore trouvables et abordables. C’est plus complexe pour les éléments de carrosserie spécifiques et les pièces d’intérieur. Pour les modèles sportifs rares comme la R5 Turbo, trouver des pièces d’origine peut s’avérer très compliqué et coûteux.

Quelle est la Renault 5 la plus rare ? Outre la R5 Turbo qui est une pièce de collection, certaines séries limitées sont très recherchées, comme la R5 Le Car Van ou des versions spécifiques à certains marchés. La R5 Turbo 1, avec son intérieur et son toit spécifiques, est plus rare et plus cotée que la Turbo 2.