Il y a des nouvelles qui donnent immédiatement un coup de jeune à toute une génération. Celle d’un possible parc d’attractions Dragon Ball en Île-de-France, sur le site de l’ancien parc Mirapolis à Courdimanche, dans le Val-d’Oise, en fait clairement partie. Pour celles et ceux qui ont grandi devant le Club Dorothée à guetter le combat de Sangoku contre Freeza avant de foncer à l’école, l’idée qu’un territoire entier de la région parisienne puisse un jour se transformer en Kamé House géante a quelque chose d’assez vertigineux. Et le plus étonnant, c’est que ce projet n’a rien d’une rumeur de couloir : il s’invite depuis quelques jours au cœur de l’actualité diplomatique et économique franco-saoudienne, au plus haut niveau de l’État.
Retour sur un dossier qui mélange grand spectacle, gros enjeux territoriaux, et une bonne dose de nostalgie pour tous les fans de la première heure.
Un parc Dragon Ball à Courdimanche : ce que l’on sait de l’actualité
Le sujet a véritablement émergé fin juillet 2026, lorsque le média Politico a révélé l’existence de discussions avancées autour d’un futur parc à thème consacré à l’univers d’Akira Toriyama. Le terrain visé, plusieurs dizaines d’hectares situés à Courdimanche, dans l’agglomération de Cergy-Pontoise, n’est pas choisi au hasard puisque c’est exactement celui de l’ancien parc Mirapolis, fermé depuis trente-cinq ans.
Derrière le projet, on retrouve un acteur de poids : Qiddiya Investment Company, la filiale dédiée au divertissement, au sport et à la culture du fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF). Depuis le mois d’avril, plusieurs réunions ont réuni l’Élysée, la région Île-de-France, les communes concernées, les agences d’attractivité française et francilienne, ainsi que ce principal investisseur. Une réunion pilotée fin juillet par le préfet de région aurait même rassemblé une dizaine de cabinets ministériels, avec la participation de RTE et d’Île-de-France Mobilités pour évoquer les questions de transport et d’énergie, tant le chantier serait considérable.
Le calendrier s’est brutalement accéléré ce lundi 24 août 2026. Alors qu’Emmanuel Macron recevait le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman pour une journée consacrée au renforcement des liens économiques entre Paris et Riyad, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a confirmé publiquement l’existence du projet sur TF1. Elle a expliqué que la région travaillait sur ce dossier depuis dix-huit mois, en le comparant, en termes d’ampleur, à Disneyland Paris. Effectivement, ce même lundi 24 août 2026, l’Elysée a annoncé la signature d’un protocole d’accord entre le dirigeant saoudien et la France pour créer nos pas un seul mais carrément trois parcs d’attractions près de Cergy-Pontoise. L’un portant sur l’univers des mangas et très probablement de Dragon Ball donc.
Le montant global de l’opération est colossal à travers ce projet d’investissement saoudien de six milliards d’euros. Les retombées attendues sont tout aussi gigantesques avec 22 000 emplois directs attendus, selon les estimations officielles. Sur X, Emmanuel Macron, avouant une passion pour les mangas, s’en est vivement félicité.
De Mirapolis à Dragon Ball : un site qui a déjà vécu un rêve de parc à thème
Le choix du terrain de Courdimanche n’est pas anodin pour qui connaît l’histoire des parcs de loisirs franciliens. Mirapolis avait ouvert ses portes en 1987, sur cinquante-cinq hectares, soit l’équivalent du parc principal de Disneyland Paris. Le concept, centré sur les légendes et contes français, avait pourtant connu un démarrage difficile : environ 800 000 visiteurs la première année, loin des deux millions espérés. Concurrencé par l’ouverture du Parc Astérix, desservi de façon insuffisante et confronté à une fréquentation trop faible pour être rentable, Mirapolis a fermé définitivement en 1991, après seulement quatre années d’exploitation.
Depuis, ce vaste terrain du Val-d’Oise est resté largement en friche, régulièrement visité par les amateurs d’urbex, attendant un nouveau projet à la hauteur de son potentiel.
Voir aujourd’hui l’un des mangas les plus vendus de l’histoire venir potentiellement réveiller ce site a quelque chose de symbolique : celui d’une deuxième chance pour un lieu qui appartient déjà, par sa propre histoire, à la mémoire collective des amateurs de parcs d’attractions vintage.
Pourtant, il existe déjà un projet bien plus avancé de parc Dragon Ball, en Arabie saoudite.
Le parc Dragon Ball de Qiddiya (Arabie saoudite)
C’est en réalité le tout premier parc à thème au monde dédié à la licence, annoncé dès mars 2024, quelques semaines après la mort d’Akira Toriyama. Il est construit par Qiddiya Investment Company — le même investisseur pressenti pour Courdimanche — dans le cadre de l’immense complexe « Qiddiya City » près de Riyad, aux côtés d’un parc Six Flags et d’un futur circuit de F1. Au programme : plus de 500 000 m² répartis en sept zones reprenant des lieux cultes de la saga (Kame House, Capsule Corporation, la planète de Beerus…), plus de 30 attractions dont cinq manèges inédits, et une montagne russe phare en forme de dragon culminant à 70 mètres, censée abriter la statue de Shenron. Aucune date d’ouverture officielle n’a encore été communiquée, mais certains observateurs évoquaient une ouverture après 2027.
Ailleurs dans le monde
En dehors de ce parc saoudien, il n’existe à ce jour aucun parc à thème permanent entièrement dédié à Dragon Ball — ni au Japon, ni ailleurs. On trouve en revanche, ponctuellement, des expositions temporaires, des zones ou attractions thématisées dans des parcs existants (au Japon notamment), ainsi que du merchandising et des animations liées aux anniversaires de la licence — mais rien de comparable en taille à ce que prévoit Qiddiya.
Les enjeux et les controverses d’un projet encore incertain
Enfin, la question des transports revient régulièrement dans les débats, tant elle avait déjà pesé sur l’échec de Mirapolis à l’époque : sans desserte performante, un parc de cette envergure peine à attirer la fréquentation nécessaire à sa rentabilité. C’est précisément l’un des sujets évoqués lors des réunions préparatoires avec Île-de-France Mobilités.
Dragon Ball, une saga qui a bercé nos années 80 et 90
Au-delà de la dimension immobilière et diplomatique du dossier, c’est bien sûr l’œuvre elle-même qui fait vibrer les amateurs de culture vintage. Dragon Ball, c’est avant tout l’histoire d’un manga créé par Akira Toriyama, publié pour la première fois en 1984 dans le magazine japonais Weekly Shōnen Jump. Toriyama y raconte les aventures de Son Goku, jeune garçon à la force surhumaine et à la queue de singe, dans une quête initiatique inspirée très librement du roman classique chinois La Pérégrination vers l’Ouest. Le manga évolue rapidement vers des tournois d’arts martiaux, puis vers des affrontements toujours plus spectaculaires contre des adversaires extraterrestres et des forces cosmiques, tout en conservant son humour et sa fantaisie propres.
L’adaptation en série animée, diffusée à partir de 1986 au Japon, va faire connaître l’œuvre bien au-delà de ses frontières. En France, c’est la case Club Dorothée, sur TF1, qui introduit Dragon Ball dans le quotidien de toute une génération d’enfants à partir de la fin des années 80. Puis vient Dragon Ball Z, dès le début des années 90, qui pousse encore plus loin la mécanique des combats interminables, des transformations en Super Saiyan et des cris de puissance devenus cultes. Pour beaucoup d’entre nous, les mercredis et samedis après-midi ont longtemps rimé avec les combats de Sangoku, Vegeta, Piccolo ou Sangohan, entre suspense, humour potache et grandes valeurs d’amitié et de dépassement de soi.
Dragon Ball a marqué les esprits bien au-delà du simple dessin animé : les cartes à collectionner, les figurines, les jeux vidéo, les autocollants glissés dans les paquets de chips ou de bonbons… toute une économie de produits dérivés vintage s’est construite autour de la licence dès les années 90, et continue aujourd’hui d’alimenter un marché de collection très actif chez les fans nostalgiques. Le manga original s’est vendu, toutes éditions confondues, à plusieurs centaines de millions d’exemplaires à travers le monde, ce qui en fait l’une des franchises les plus lucratives et les plus durables de l’histoire de la pop culture japonaise. La disparition d’Akira Toriyama en mars 2024 a d’ailleurs rappelé, à l’échelle mondiale, à quel point son œuvre avait façonné l’imaginaire de plusieurs générations, bien au-delà du seul public des lecteurs de mangas.
Pourquoi un parc Dragon Ball ferait particulièrement sens en France
La France entretient depuis longtemps une relation particulière avec le manga et l’animation japonaise, au point d’être aujourd’hui considérée comme le deuxième marché mondial du manga après le Japon. Cette place unique s’explique en grande partie par l’exposition précoce du public français à des séries comme Dragon Ball dès la fin des années 80, à une époque où peu d’autres pays occidentaux diffusaient ce type de programmes à une heure de grande écoute pour la jeunesse.
Un parc d’attractions dédié à cet univers trouverait donc, en France, un terreau particulièrement favorable : une base de fans nostalgiques aujourd’hui devenus parents, susceptibles d’y emmener leurs propres enfants, mais aussi une nouvelle génération qui continue de découvrir la saga via les rediffusions, les jeux vidéo et les nouveaux films tirés de la franchise. C’est très certainement ce potentiel que les investisseurs saoudiens et les autorités françaises cherchent à exploiter, dans un contexte où la France, premier pays touristique au monde, cherche justement à renforcer son offre de loisirs à destination des familles et des touristes internationaux, aux côtés de Disneyland Paris et du Parc Astérix.
En conclusion : un symbole entre nostalgie et grands projets d’avenir
Que ce parc Dragon Ball voie finalement le jour ou non à Courdimanche, l’annonce elle-même a déjà quelque chose de savoureux pour les amateurs de culture vintage : voir une œuvre née dans les pages d’un magazine japonais en 1984, popularisée en France par le Club Dorothée à la fin des années 80, devenir aujourd’hui un enjeu de diplomatie économique internationale et un possible totem touristique francilien. De Mirapolis à Dragon Ball, ce coin du Val-d’Oise pourrait bien incarner, à sa manière, le passage de nos souvenirs d’enfance à la grande économie mondiale du divertissement.
En attendant d’en savoir plus sur la suite du dossier, une chose est certaine : pour toute une génération, l’idée de pouvoir un jour marcher dans un vrai décor de Namek ou affronter virtuellement Freeza a de quoi raviver, l’espace d’un instant, la magie de nos mercredis après-midi devant la télévision.
Ce que pourrait contenir un parc Dragon Ball, à quoi s’attendre
Aucun plan détaillé n’a pour l’instant été rendu public, et il serait prématuré d’imaginer précisément à quoi ressemblerait ce futur parc. Mais l’expérience d’autres projets portés par Qiddiya, notamment sur son site historique en Arabie saoudite près de Riyad, donne quelques indices sur la philosophie générale de l’investisseur : des parcs à thème pensés comme de vastes destinations de loisirs mêlant attractions à sensations, zones immersives reconstituant des décors emblématiques, espaces de restauration thématisés et boutiques dédiées aux produits dérivés. Pour une licence aussi visuelle que Dragon Ball, avec ses décors variés allant de la Kamé House posée sur son île isolée jusqu’aux ruines de Namek en passant par les arènes du Tenka-Ichi Budōkai, le potentiel de mise en scène est considérable, à condition évidemment que les ayants droit japonais de la licence, Bird Studio et Toei Animation, valident un tel usage de leur univers.
Un symbole fort pour les fans de la première heure
Pour les passionnés de culture vintage que nous sommes sur ce site, ce projet dépasse largement la simple actualité économique. Il touche à quelque chose de plus intime : la reconnaissance, des décennies plus tard, de la valeur culturelle d’une œuvre que beaucoup d’adultes ont longtemps considérée comme un simple dessin animé du mercredi. Voir aujourd’hui des investisseurs internationaux et des responsables politiques de premier plan se pencher sérieusement sur l’idée de consacrer un parc entier à cet univers, c’est une forme de validation tardive pour toute une génération qui a grandi avec les cassettes VHS, les Panini à coller dans l’album, les figurines articulées et les jeux vidéo sur Super Nintendo ou Mega Drive.
Questions fréquentes sur le projet de parc Dragon Ball à Courdimanche
Quand le parc pourrait-il ouvrir ? Aucune date n’a été communiquée. Compte tenu de l’ampleur du chantier et des étapes administratives restant à franchir, plusieurs années seraient vraisemblablement nécessaires avant une ouverture éventuelle.
Qui finance le projet ? Le principal investisseur pressenti est Qiddiya Investment Company, filiale dédiée au divertissement du fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF).
Le site est-il déjà occupé ? Oui, une centaine de foyers de familles de gens du voyage vivent actuellement sur le terrain de Courdimanche, ce qui constitue l’un des enjeux majeurs du dossier.
