Imaginez une boîte à chaussures oubliée au fond d’un placard, remplie de petits distributeurs en plastique aux têtes improbables — un Batman décoloré, un Snoopy sans son chapeau, une tête de citrouille dont le ressort couine encore. C’est souvent comme ça que ça commence. Une redécouverte, un souvenir qui remonte d’un coup, et puis l’envie irrésistible de comprendre pourquoi ces petits objets exercent une telle fascination.
La collection Pez est l’une des plus populaires au monde, avec des millions de collectionneurs actifs sur tous les continents. Et pour cause : depuis 1927, date de leur invention à Vienne par Eduard Haas III, les distributeurs Pez ont traversé les décennies en se réinventant sans cesse, passant du simple accessoire anti-tabac à l’objet de collection culte. Leur histoire est indissociable de la culture pop américaine des années 50-80, mais leur charme touche aujourd’hui aussi bien les quadragénaires nostalgiques que les jeunes collectionneurs en quête d’objets avec du caractère. Ce guide s’adresse à ceux qui veulent aller plus loin que la boîte à chaussures.
- L'histoire derrière les distributeurs : comprendre avant de collectionner
- Les familles de distributeurs : savoir ce que l'on cherche
- Évaluer et authentifier : les réflexes du collectionneur averti
- Où trouver de belles pièces pour sa collection Pez
- Conserver, exposer et valoriser sa collection
- Conclusion
- FAQ – Questions fréquemment posées
L’histoire derrière les distributeurs : comprendre avant de collectionner
Avant de dépenser le moindre euro sur une vente aux enchères, il faut savoir d’où viennent ces petits objets. Cette connaissance, c’est votre premier outil d’évaluation.
Le nom Pez vient du mot allemand Pfefferminz (menthe poivrée) — les premières pastilles étaient simplement à la menthe, dans un flacon rectangulaire sans visage, commercialisé comme substitut à la cigarette. Sans personnage, sans couleur. Difficile d’imaginer aujourd’hui.
C’est en 1955 que tout bascule. Pour conquérir le marché américain, Pez adopte une stratégie radicale : ajouter des têtes de personnages sur ces distributeurs de petits bonbons et viser les enfants. Le premier à recevoir ce traitement ? Un simple visage de clown générique. L’idée semble anodine, mais elle déclenche une mécanique de collection irrésistible. Chaque personnage devient une pièce unique, désirable, échangeable.
Les années 60 et 70 constituent ce que les collectionneurs expérimentés appellent l’âge d’or Pez : les personnages sont moulés avec des détails fins, les couleurs sont moins standardisées, et les variations entre séries sont nombreuses — ce qui est exactement ce qui rend ces pièces si recherchées. Un Mickey Mouse de 1962 peut présenter jusqu’à une douzaine de variantes selon l’usine de fabrication (Autriche, Yougoslavie, Hong Kong) et l’année de production.
Comprendre cette chronologie vous permettra d’identifier une pièce vintage d’une repro moderne au premier coup d’œil. Les collectionneurs sérieux parlent de « pieds » (la présence ou l’absence de picots sous la base) pour dater approximativement un distributeur : les modèles sans pieds sont généralement antérieurs aux années 80, et valent souvent dix à vingt fois plus cher que leurs équivalents avec pieds.
Les familles de distributeurs : savoir ce que l’on cherche
La collection Pez se segmente en catégories très distinctes, et chaque collectionneur finit par trouver sa spécialité. Certains ne collectionnent que les personnages de dessins animés, d’autres se concentrent exclusivement sur les éditions limitées européennes.
Voici les grandes familles à connaître :
- Les Pez réguliers (dits « regular ») : la production courante, facile à trouver, idéale pour débuter sans se ruiner.
- Les Pez vintage sans pieds : les plus anciens, les plus convoités. Citons les séries Astronaut, Make-a-Face ou les premières déclinaisons Disney.
- Les Pez en édition limitée : sorties ponctuelles pour des événements (Jeux Olympiques, anniversaires de marque), souvent en faible tirage.
- Les Pez non distribués officiellement en France : les séries nord-américaines exclusives ou les variantes asiatiques, qui font l’objet d’un véritable marché d’import entre collectionneurs.
- Les prototypes et erreurs de fabrication : le Saint-Graal. Des têtes mal centrées, des couleurs incorrectes, des assemblages d’usine qui n’auraient jamais dû sortir. Extrêmement rares et potentiellement très précieux.
Quelle est la famille qui vous parle vraiment ? C’est la première question à se poser avant d’investir. Collectionner « tout Pez » est une ambition noble mais vite épuisante (et épuisante pour le portefeuille). Les collectionneurs les plus accomplis se spécialisent, et c’est ce qui leur permet de développer une expertise réelle et une belle cohérence dans leur collection.
Évaluer et authentifier : les réflexes du collectionneur averti
Le marché des distributeurs vintage est malheureusement infesté de reproductions et de reconditionnements trompeurs. Apprendre à authentifier un Pez est une compétence indispensable dès que vous montez en gamme.
Premier réflexe : regarder le marquage du corps du distributeur. Les pièces anciennes portent des inscriptions moulées directement dans le plastique (Made in Austria, Made in Yugoslavia), avec une typographie caractéristique. Les reproductions modernes utilisent souvent des marquages sérigraphiés ou des matériaux au rendu légèrement différent — plus brillants, moins denses au toucher.
Deuxièmement, étudiez la couleur du corps. Les plastiques des années 60-70 ont vieilli d’une manière spécifique : ils présentent parfois un léger jaunissement ou une opacification naturelle que l’on ne peut pas reproduire artificiellement. Un distributeur qui semble « trop propre » pour son âge mérite investigation.
Troisièmement, pesez le distributeur (littéralement, si vous avez une balance de précision). Les plastiques anciens, notamment les formulations autrichiennes, sont légèrement plus denses que les productions actuelles.
Les guides de référence incontournables dans la communauté : Collectors Guide to PEZ de Shawn Peterson, et pour l’Europe, le forum PezCollectors.com qui centralise des décennies d’expertise collective. Ces ressources vous éviteront des erreurs coûteuses.
Et puis il y a l’instinct qui se développe avec le temps — cette façon de tenir un distributeur en main et de savoir, sans trop savoir comment, qu’il a le bon âge.
Où trouver de belles pièces pour sa collection Pez
La chasse fait partie du plaisir. Et les terrains de chasse sont nombreux, chacun avec ses propres règles du jeu.
Les vide-greniers et brocantes restent le terrain privilégié des bonnes affaires. Les vendeurs non spécialisés ignorent souvent la valeur réelle de leurs pièces, et c’est là que se font parfois des découvertes extraordinaires — un distributeur Psychedelic Eye des années 60 dans une caisse à un euro, ça arrive encore. Il faut de la patience, de la régularité, et connaître son marché par cœur pour saisir l’opportunité quand elle se présente.
eBay et les plateformes de vente en ligne offrent un catalogue immense mais demandent une vigilance accrue. Exigez systématiquement des photos détaillées du marquage, du mécanisme intérieur et de la base. N’hésitez pas à contacter le vendeur pour obtenir des clichés supplémentaires — les vendeurs sérieux répondent toujours.
Les conventions Pez existent, notamment aux États-Unis (PEZ Convention annuelle à Orange, Connecticut). Elles permettent de rencontrer d’autres collectionneurs, de voir des pièces en main propre, et de négocier des échanges. Pour les Européens, des rassemblements de collectionneurs s’organisent dans le cadre des foires vintage ou des salons du jouet ancien.
Les réseaux de collectionneurs français se sont structurés sur les réseaux sociaux, notamment Facebook où des groupes dédiés permettent achats, ventes, échanges et conseils. La communauté est généralement accueillante pour les débutants bien intentionnés.
Conserver, exposer et valoriser sa collection
Collectionner Pez, c’est aussi prendre soin de ce qu’on a. Un distributeur mal stocké peut se décolorer, se fragiliser, perdre de sa valeur en quelques années seulement.
La conservation passe d’abord par l’environnement. Les plastiques vintage redoutent trois choses : la lumière directe (UV qui décolorent et fragilisent), l’humidité excessive (qui peut faire « suer » certains polymères) et les chocs thermiques répétés. Une vitrine à l’abri de la lumière directe, dans une pièce tempérée, est l’idéal.
Le nettoyage se fait à l’eau tiède avec un chiffon doux, sans aucun produit chimique. Les solvants, même doux, peuvent attaquer les pigments et le plastique. Jamais de lave-vaisselle, jamais de bain prolongé.
Pour l’exposition, les collectionneurs utilisent souvent des présentoirs à Pez spécialement conçus — des supports en acrylique transparent qui mettent les distributeurs debout et les organisent visuellement. Certains créent de véritables scénographies thématiques : une vitrine entièrement consacrée aux personnages Disney années 70, une autre aux monstres de Halloween. L’aspect esthétique de la collection est une dimension à part entière du hobby.
Enfin, pensez à documenter votre collection : photographiez chaque pièce, notez son origine, sa date d’acquisition, son prix. En cas de vente ou de transmission, cet historique ajoute une valeur réelle à chaque distributeur.
Conclusion
La collection Pez n’est pas qu’une affaire de plastique coloré et de pastilles à la fraise. C’est un lien concret avec des décennies de culture populaire, une façon de tenir dans la paume de la main un morceau d’enfance — la sienne ou celle des autres. Ce qui fascine dans ce hobby, c’est précisément sa double nature : objets produits en masse devenus raretés, jouets d’enfants devenus sujets d’expertise sérieuse. Commencez par une pièce qui vous touche, apprenez à la connaître en profondeur, et laissez la curiosité faire le reste. Les meilleures collections ont toutes démarré par un hasard heureux et une question simple : d’où ça vient, ce truc ?
FAQ – Questions fréquemment posées
Q : Quel est le distributeur Pez le plus rare et le plus cher au monde ?
R : Le PEZ World’s Fair Astronaut B de 1982 détient régulièrement des records aux enchères, certains exemplaires dépassant les 32 000 dollars. Mais la rareté absolue reste les prototypes non commercialisés, dont certains n’existent qu’en un ou deux exemplaires connus. Les pièces Make-a-Face et certaines variantes de couleur uniques sont également parmi les plus convoitées par les collectionneurs avancés.
Q : Comment débuter une collection Pez sans se ruiner ?
R : Commencez par les séries actuelles et les pièces récentes trouvées en brocante — elles coûtent rarement plus de quelques euros et permettent d’apprendre à reconnaître les mécanismes et matériaux. Évitez d’investir dans du vintage coûteux tant que vous n’avez pas développé un œil sûr.
