DeLorean : une icône des années 80

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C’est une icône. Une silhouette basse, large et plate qui semble fendre l’air même à l’arrêt. Elle brille sous les néons des années 80. Elle incarne à elle seule une vision du futur qui ne s’est jamais tout à fait réalisée. Pour beaucoup, la DeLorean DMC-12 reste indissociable des aventures de Marty McFly.

Pourtant, résumer cette voiture au cinéma serait une erreur. L’histoire de la DeLorean est celle d’une ambition démesurée. C’est le récit d’une chute brutale. C’est aussi la revanche d’une machine mal-aimée devenue un objet de culte absolu. Plongeons ensemble dans l’acier brossé de cette légende automobile.

Le rêve fou de John Zachary DeLorean

Tout commence avec un homme. John Z. DeLorean n’est pas un ingénieur ordinaire. Dans les années 60, il est le « golden boy » de la General Motors. Il a du charisme. Il possède un flair incroyable pour comprendre ce que veut la jeunesse américaine. On lui doit la Pontiac GTO, la première véritable « muscle car ».

Son ascension est fulgurante. Il devient le plus jeune vice-président de l’histoire de la GM. Mais John s’ennuie. Il étouffe dans les bureaux gris de Détroit. Le jeune homme impatient déteste la bureaucratie qui bride l’innovation. Il fréquente les stars d’Hollywood. Il porte des costumes cintrés et refuse de se fondre dans le moule corporatiste.

En 1973, il claque la porte. Il veut construire sa propre voiture. Il rêve d’une « voiture de sécurité éthique » (ethical sports car). Elle doit être durable, sûre et performante. Il imagine un véhicule qui ne rouille jamais. Son ambition est de défier les géants de l’industrie sur leur propre terrain.

Une conception sous le signe de l’urgence

Le développement de la voiture est un véritable marathon. On confie le design à Giorgetto Giugiaro, le maître italien du style. Il trace des lignes tendues, anguleuses, typiques de la fin des années 70. La signature visuelle est immédiate.

Deux éléments définissent l’esthétique de la DMC-12. D’abord, ses portes papillon (gull-wing doors). Elles s’ouvrent vers le ciel. Elles nécessitent des barres de torsion cryogéniques complexes pour fonctionner. Ensuite, sa carrosserie. Elle est entièrement recouverte de panneaux en acier inoxydable austénitique (nuance 304). Il n’y a pas de peinture. La voiture est nue, brute, futuriste.

Mais sous cette belle robe, les problèmes s’accumulent. Le premier prototype est techniquement irréalisable. Colin Chapman, le génie fondateur de Lotus, est appelé à la rescousse. Il doit repenser tout le châssis en un temps record. Il impose une structure en poutre centrale inspirée de la Lotus Esprit. La voiture gagne en tenue de route mais perd son âme d’origine.

Le cœur franco-suédois de la bête

Quel moteur pour propulser ce rêve américain ? Les choix initiaux, comme le moteur rotatif Wankel de Citroën, sont abandonnés. La crise pétrolière dicte sa loi. Il faut un moteur disponible et fiable.

Le choix se porte sur le V6 PRV. C’est une alliance franco-suédoise entre Peugeot, Renault et Volvo. Ce moteur équipe alors la Peugeot 604, la Renault 30 et la Volvo 264. Il développe environ 130 chevaux dans sa version catalysée pour les États-Unis.

C’est peu. Trop peu pour une voiture de sport qui pèse plus de 1200 kilos. Les performances ne sont pas au rendez-vous. Le 0 à 100 km/h est abattu en 10 secondes environ. Une Porsche 911 de l’époque fait bien mieux. Le contraste entre le look de supercar et les performances de berline bourgeoise décevra les premiers essayeurs.

L’usine de la discorde à Belfast

John DeLorean cherche de l’argent pour bâtir son usine. Il courtise plusieurs pays. C’est finalement le gouvernement britannique qui sort le chéquier. Londres veut désespérément créer des emplois en Irlande du Nord. Belfast est alors ravagée par le conflit nord-irlandais.

L’usine sort de terre à Dunmurry, dans la banlieue de Belfast. C’est un pari risqué. La main-d’œuvre locale est courageuse mais inexpérimentée dans l’automobile. Catholiques et protestants travaillent côte à côte. Ils entrent par des portes différentes mais assemblent la même voiture. C’est un miracle social.

La production débute officiellement en 1981. Les délais sont intenables. Les premières voitures sortent avec une qualité d’assemblage médiocre. Les panneaux d’acier ne sont pas alignés. Les alternateurs lâchent. Les portes coincent. Les concessionnaires américains doivent souvent « finir » les voitures avant de les livrer aux clients.

Une commercialisation chaotique

Les automobilistes américains réservent un accueil mitigé à ce nouveau modèle pour le moins original. La voiture coûte en effet 25 000 dollars. C’est beaucoup plus cher que prévu (le nom DMC-12 visait initialement 12 000 dollars). L’inflation et les taux de change ont fait exploser la facture. À ce prix, le client a le choix avec une Corvette ou une Porsche 911 SC.

L’économie américaine entre en récession au début des années 80. L’hiver 1981-1982 est terrible pour l’industrie automobile. Les stocks de DeLorean s’accumulent sur les quais. La trésorerie de l’entreprise fond comme neige au soleil. Le gouvernement britannique, lassé de remettre au pot, ferme le robinet.

John DeLorean est aux abois. Il doit trouver 17 millions de dollars en quelques jours pour sauver son bébé. C’est ici que l’histoire bascule dans le polar.

Le piège du FBI et la chute finale

Octobre 1982. Une vidéo granuleuse tourne en boucle sur les télévisions du monde entier. On y voit John DeLorean, une valise ouverte devant lui. Elle est remplie de cocaïne. Il lâche cette phrase célèbre : « C’est mieux que l’or ».

Le patron de DMC a été piégé. Des agents du FBI se sont fait passer pour des investisseurs liés au trafic de drogue. Désespéré, prêt à tout pour sauver son usine, John a accepté le marché. Il est arrêté pour trafic de stupéfiants.

L’entreprise DMC fait faillite immédiatement. L’usine de Belfast ferme ses portes. 2500 employés se retrouvent sur le carreau. Environ 9000 voitures seulement ont été produites. Le rêve est brisé.

John DeLorean sera acquitté deux ans plus tard. Ses avocats prouveront qu’il a été victime d’une incitation illégale de la part du FBI (entrapment). Mais le mal est fait. Sa réputation est détruite. L’industrie automobile lui tourne le dos à jamais.

La résurrection par Hollywood

La voiture aurait dû finir aux oubliettes. Elle était un échec commercial. Elle était le symbole d’un scandale. Mais en 1985, un film change tout.

Robert Zemeckis et Bob Gale cherchent un véhicule pour leur machine à voyager dans le temps. Ils choisissent la DeLorean pour son allure de vaisseau spatial. Dans Retour vers le Futur, la voiture devient un personnage à part entière. Le « convecteur temporel » et les 88 miles à l’heure entrent dans la légende.

Soudain, tout le monde veut une DeLorean. Les enfants l’adorent. Les collectionneurs commencent à s’y intéresser. La voiture passe du statut de « citron » (raté) à celui d’objet culte. Sans ce film, la DMC-12 ne serait aujourd’hui qu’une curiosité de bas de page dans les livres d’histoire.

Guide du collectionneur : acheter une DeLorean aujourd’hui

Posséder une DeLorean en 2026 est une expérience unique. C’est une voiture qui attire la sympathie. À chaque arrêt à la pompe, on vous parlera du film. Préparez-vous à répondre aux mêmes questions, encore et encore.

La disponibilité des pièces est étonnamment bonne. Une entreprise texane a racheté tout le stock de pièces détachées de l’usine en 1982. On peut pratiquement construire une voiture neuve aujourd’hui. Le châssis est le point faible. Il est en acier recouvert d’époxy, mais l’époxy craque et la rouille s’installe. Il faut impérativement inspecter le châssis poutre.

L’acier inoxydable de la carrosserie est très résistant. Il ne rouille pas. En revanche, il marque. Une bosse est difficile à réparer car on ne peut pas utiliser de mastic. Il faut redresser le métal à la perfection. L’entretien de la surface se fait avec des tampons abrasifs spécifiques (type Scotch-Brite) pour respecter le sens du brossage.

Le moteur PRV est robuste. Tous les mécaniciens français le connaissent bien. C’est un atout majeur pour nous, collectionneurs en France. Les pièces mécaniques (Volvo, Renault) sont faciles à trouver. La boîte de vitesses est solide, qu’elle soit manuelle ou automatique.

Côté conduite, c’est une GT, pas une sportive pure. Elle est confortable. Elle tient bien la route grâce à son centre de gravité bas. La direction est lourde à l’arrêt (pas d’assistance) mais précise en roulant. La visibilité arrière est quasi nulle, mais cela fait partie du charme.

C’est un investissement plaisir. La cote a grimpé en flèche ces dix dernières années. Comptez aujourd’hui entre 50 000 et 80 000 euros pour un bel exemplaire. C’est le prix pour rouler dans un morceau d’histoire, figé pour toujours dans son acier brossé.


FAQ : Tout savoir sur la DeLorean DMC-12

Peut-on peindre une DeLorean ?

Techniquement oui, mais c’est un sacrilège pour les puristes. Des concessionnaires ont eu l’idée de peindre quelques voitures en rouge ou noir à l’époque pour masquer des défauts de carrosserie ou pour diversifier l’offre. Mais l’intérêt de la voiture réside dans son acier nu. De plus, la peinture adhère très mal sur l’inox sans une préparation extrêmement lourde.

Est-ce que la carrosserie laisse des traces de doigts ?

Absolument. C’est le grand cauchemar des propriétaires. L’huile naturelle de la peau marque l’acier inoxydable. Les propriétaires ont toujours un chiffon microfibre et un produit nettoyant à vitres ou une huile spéciale dans la boîte à gants. C’est le prix à payer pour briller.

Les portes s’ouvrent-elles si on est garé serré ?

Contre toute attente, oui ! C’est l’un des génies de la conception. Les portes papillon ne nécessitent que 26 centimètres d’espace latéral pour s’ouvrir. Elles montent avant de s’écarter. Vous pouvez sortir d’une DeLorean garée plus près d’un mur que dans une voiture à portes classiques.

Quelle est la vitesse maximale réelle ?

Le compteur d’origine s’arrête à 85 mph (environ 135 km/h) à cause d’une loi américaine de l’époque. En réalité, la voiture peut atteindre environ 200 km/h. Mais soyons honnêtes, passé 130 km/h, les bruits d’air sont très présents. C’est une voiture faite pour le « cruising » à l’américaine.

La voiture existe-t-elle en version électrique ?

À l’époque, non. Mais aujourd’hui, plusieurs entreprises proposent des conversions électriques. Cela résout le problème du manque de puissance du moteur thermique. De plus, une « DeLorean Alpha5 » électrique a été annoncée récemment par la nouvelle entité détentrice de la marque, mais c’est un véhicule moderne qui n’a plus rien à voir avec la DMC-12 originelle. Cependant, le lancement rencontre quelques difficultés. Annoncé en 2022, ce modèle n’était pas encore sorti en 2025.