Renault 4 électrique : le projet visionnaire oublié

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Imaginez la scène : nous sommes en 1972, Georges Pompidou est à l’Élysée, Le Parrain sort en salle, et quelque part dans les ateliers de Renault, des ingénieurs bricolent en silence une Quatrelle… branchée sur secteur. Pas de moteur thermique. Pas d’odeur d’essence. Juste le ronronnement discret d’un moteur électrique logé sous le capot d’une R4 banalisée. En réalité, cette histoire étonnante de Renault 4 électrique mérite qu’on s’y attarde. Avouons-le, c’est le genre d’information qui donne envie de remonter le temps en solex.

Alors que le monde entier s’extasie aujourd’hui devant la nouvelle Renault 4 électrique — sortie en grande pompe plus de cinquante ans après — peu de gens savent que la Régie avait déjà tenté l’aventure du véhicule zéro émission bien avant que Tesla ne soit même une idée dans la tête d’Elon Musk. L’histoire de la R4 électrique de 1972 est celle d’un prototype visionnaire, discret, presque secret, né à une époque où les pantalons à pattes d’éléphant trônaient en vitrine et où les vinyles tournaient à plein régime.

Dans cet article, on remonte le temps pour explorer cette aventure électrique oubliée : ses origines, sa technique, son contexte, et ce qu’elle nous dit de l’incroyable continuité d’une icône française.


La R4, une icône populaire avant d’être électrique

Avant de parler volts et ampères, rendons à César ce qui lui appartient : la Renault 4 est l’une des voitures les plus aimées de l’histoire automobile française. Lancée en 1961, elle a été produite jusqu’en 1992, à plus de huit millions d’exemplaires. Huit millions. C’est plus que la population de la Suisse.

Ce qui rendait la R4 si particulière ? Pas ses performances — soyons honnêtes. Ni son design, fonctionnel plutôt que flamboyant. Non, c’était ce caractère bonhomme, mais aussi cette accessibilité absolue, ce côté « voiture du peuple » qui lui permettait d’être aussi à l’aise sur les routes de campagne boueuses que dans les ruelles pavées de Paris. Le médecin de campagne et l’étudiant fauché l’adoraient à égalité.

Dans les années 1970, la R4 était partout. Elle sentait le tissu légèrement moisi des sièges d’origine, le plastique chauffé par le soleil estival, parfois un vague relent d’huile de vidange. Elle faisait partie du décor, comme les Carambar à l’épicerie du coin ou les émissions de variétés du vendredi soir sur la première chaîne.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre pourquoi Renault a choisi précisément la R4 pour ses expérimentations électriques. Choisir une voiture populaire, connue de tous, pour tester une technologie d’avenir, c’était un choix symbolique autant que pratique. La Renault 4 électrique de 1972 portait déjà une ambition claire : démocratiser le véhicule propre.

Avant de plonger dans la technique, il faut donc mesurer le poids culturel de la voiture cobaye. Une R4, c’était bien plus qu’un tas de tôle. C’était une époque entière.


1972 : le monde à la veille du choc pétrolier

Pourquoi 1972 ? La question mérite d’être posée. Et la réponse est d’une logique implacable quand on replace les événements dans leur contexte historique.

En 1972, le pétrole coule encore à flots et son prix reste abordable. Pourtant, des signaux faibles commencent à alerter les industriels les plus clairvoyants. Le rapport Meadows — publié cette même année sous le titre The Limits to Growth — secoue le monde intellectuel en prédisant l’épuisement des ressources naturelles. Un an plus tard seulement, le choc pétrolier de 1973 plongera le monde occidental dans une crise sans précédent, les dimanches sans voiture gravant dans les mémoires une étrange image de routes désertes.

Curieusement, Renault avait donc une légère avance sur le calendrier de l’Histoire.

La Régie n’était pas seule dans cette réflexion. À la même époque, Électricité de France (EDF) cherchait activement des débouchés pour son énergie, notamment dans les transports. Un partenariat naturel se dessinait entre le constructeur automobile et le géant de l’énergie. L’objectif n’était pas encore commercial — on était loin de la berline électrique prête-à-vendre en concession — mais le principe d’un véhicule électrique de série commençait à prendre forme sur les planches à dessin.

C’est dans ce contexte de mutation silencieuse que naît le premier prototype de Renault 4 électrique. Une époque où l’on écoutait Nino Ferrer en buvant un café au zinc, où les premiers jeux vidéo Pong apparaissaient dans les bars américains, et où l’avenir semblait encore plein de promesses technologiques en noir et blanc.

Le timing était presque parfait. Presque.


Le prototype de 1972 : sous le capot de la Quatrelle branchée

Alors, concrètement, qu’est-ce qui se cachait sous le capot de cette Renault 4 électrique de 1972 ? Pas de quoi rivaliser avec les performances d’une Tesla Roadster moderne, c’est clair. Mais pour l’époque, l’ingénierie était sérieuse, réelle, et résolument tournée vers l’avenir.

Le prototype reposait sur une base de R4 standard, modifiée pour accueillir un moteur électrique à courant continu et un pack de batteries au plomb-acide. Cette technologie, lourde et encombrante, était la seule disponible à grande échelle à l’époque. Les batteries occupaient une bonne partie du coffre et ajoutaient un poids considérable à la caisse — ce qui, pour une R4 habituée à la légèreté, représentait un défi mécanique non négligeable.

Les performances ? Voici ce qu’on retenait de ces premières versions :

  • Vitesse maximale : environ 80 à 90 km/h — suffisant pour un usage urbain
  • Autonomie : autour de 50 à 80 km selon les conditions — déjà une problématique familière
  • Temps de recharge : plusieurs heures, sur une prise standard
  • Puissance moteur : modeste, autour de 15 à 20 kW selon les versions

Peut-on se moquer de ces chiffres aujourd’hui ? Bien sûr que non. Car en 1972, l’enjeu n’était pas de faire la course sur autoroute. Il s’agissait de prouver que c’était possible. De montrer qu’une voiture de ville pouvait rouler proprement, silencieusement, à l’énergie électrique.

Et ça, c’était révolutionnaire. Même si personne ou presque ne l’a su à l’époque.


EDF et Renault : un duo visionnaire dans l’ombre

L’histoire de la Renault 4 électrique de 1972 ne peut pas se raconter sans évoquer le rôle crucial d’EDF dans l’aventure. Car ce projet n’était pas une lubie isolée d’ingénieurs dans leur garage. Il s’inscrivait dans un programme de recherche conjoint entre la Régie et le géant de l’électricité française.

EDF avait une motivation très concrète : développer des débouchés pour son électricité, notamment en période de creux de consommation — la nuit, par exemple, quand les industries tournaient au ralenti. La recharge nocturne d’une flotte de véhicules électriques représentait un rêve de gestionnaire de réseau électrique. Un rêve qui, soit dit en passant, est exactement le modèle économique promu par les opérateurs de bornes de recharge aujourd’hui.

Et puis il y avait une dimension politique. La France misait depuis les années 1960 sur le nucléaire civil pour son indépendance énergétique. Développer une voiture électrique, c’était aussi affirmer que la France pouvait rouler à l’atome — sans dépendre des pays producteurs de pétrole.

Le partenariat Renault-EDF donna naissance à plusieurs démonstrateurs tout au long des années 1970 et 1980 :

  • Des fourgonnettes Estafette électriques testées en milieu urbain
  • Des Renault 5 électriques expérimentales dans les années 1980
  • Des projets pilotes avec La Poste pour des flottes de véhicules propres

La R4 électrique de 1972 était donc la première pièce d’un puzzle qui prendrait des décennies à s’assembler. Un puzzle dont la dernière pièce — la nouvelle Renault 4 E-Tech Electric lancée en 2024 — vient enfin de trouver sa place.


De la Quatrelle au renouveau : 50 ans d’électrique à la française

Évoquer la Renault 4 électrique de 1972 sans faire le lien avec son héritière contemporaine serait presque un crime de lèse-nostalgie. La nouvelle R4 E-Tech Electric, présentée en 2024, est officiellement le retour d’une icône. Mais c’est aussi, symboliquement, l’aboutissement d’un chemin commencé il y a plus d’un demi-siècle.

Et quelle différence ! Là où le prototype de 1972 offrait 80 km d’autonomie avec des batteries au plomb pesant des centaines de kilos, la R4 moderne annonce jusqu’à 400 km avec ses batteries lithium-ion. Là où le premier essai électrique se faisait à l’abri des regards, dans le secret des laboratoires, le retour de la Renault 4 électrique est célébré comme un événement mondial.

Mais au-delà des chiffres, c’est la continuité symbolique qui émeut. Renault n’a pas juste recyclé un nom commercial accrocheur. Il y a dans ce retour une vraie logique historique, presque une dette honorée envers des ingénieurs visionnaires qui croyaient, en 1972, que l’avenir serait électrique.

Pour les amateurs de rétro et de pop culture, cette histoire résonne particulièrement fort. Elle rappelle que l’innovation n’est jamais vraiment linéaire. Qu’il y a toujours eu des pionniers oubliés, des prototypes enterrés, des idées en avance sur leur temps. Comme ces vinyles de groupes inconnus qu’on trouve en brocante et qui sonnent meilleur que ce qu’on entend à la radio. Comme ces affiches de films de série B qui valent aujourd’hui une fortune.

La R4 électrique de 1972, c’est ça : un trésor caché dans les archives de l’Histoire automobile.


Collecter et célébrer l’histoire de la R4 électrique

Pour les passionnés de vintage et de collection — et si vous lisez ces lignes, vous en êtes probablement — l’histoire de la Renault 4 électrique ouvre un champ de curiosités et de pièces à chiner absolument fascinant.

La R4 est déjà en soi un objet de collection très prisé. Les exemplaires bien conservés des années 1970, avec leurs sièges en skaï craquelé et leur tableau de bord minimaliste, atteignent régulièrement des prix respectables dans les ventes spécialisées et les dépôts-ventes automobiles. Mais les documents et objets liés aux expérimentations électriques de cette époque ? Là, on entre dans un territoire vraiment rare.

Voici ce que les collectionneurs avertis peuvent rechercher :

  • Brochures et documents techniques des années 1970 relatifs aux prototypes électriques Renault
  • Photos et diapositives d’époque des essais sur route ou en laboratoire
  • Articles de presse de l’époque (L’Auto Journal, L’Argus) couvrant ces expérimentations
  • Objets publicitaires liés au partenariat EDF-Renault (affiches, dépliants promotionnels)
  • Maquettes et modèles réduits de R4 en livrée EDF ou Renault recherche

Au-delà des objets physiques, c’est aussi toute une mémoire visuelle qu’il faut préserver. Les documentaires télévisés de l’époque, les reportages des actualités filmées, les archives de l’INA regorgent d’images de cette France des années 1970 qui croyait encore très fort au progrès.

Et puis, avouons-le, il y a quelque chose de profondément satisfaisant à raconter à ses amis qu’on possède un document sur la première voiture électrique française. Ça vaut bien une belle platine vinyle ou une console Atari en état de marche.


Conclusion

La Renault 4 électrique de 1972 est une leçon d’humilité technologique et une magnifique histoire de vision à long terme. Des ingénieurs anonymes, dans une France encore insouciante du pétrole, ont posé les premières briques d’une révolution qui met cinq décennies à s’accomplir. C’est beau, non ?

Cette histoire nous rappelle aussi pourquoi la culture vintage et rétro ne se résume jamais à la nostalgie du passé. Elle est une manière de comprendre le présent, de retrouver des fils conducteurs entre les époques, de réaliser que rien n’est vraiment nouveau sous le soleil — juste perfectible.

Alors la prochaine fois que vous croiserez une vieille R4 rouillée dans un champ ou chez un brocanteur, regardez-la avec respect. Elle est peut-être l’ancêtre de votre prochaine voiture électrique. Et ça, c’est franchement émouvant.

Partagez cet article si vous aussi vous aimez ces histoires qui réconcilient le passé et l’avenir !


FAQ – Questions fréquemment posées

Q : Quand a été fabriquée la première Renault 4 électrique ?
R : Le premier prototype de Renault 4 électrique date de 1972. Il s’agissait d’un véhicule expérimental développé en partenariat avec EDF, bien avant que les voitures électriques ne deviennent une réalité commerciale grand public. Ce prototype utilisait des batteries au plomb-acide et un moteur électrique à courant continu.

Q : Quelle était l’autonomie de la R4 électrique de 1972 ?
R : L’autonomie du prototype de R4 électrique de 1972 était d’environ 50 à 80 kilomètres selon les conditions de conduite. C’était suffisant pour un usage urbain ou périurbain, qui était précisément l’usage ciblé par les ingénieurs Renault et EDF à l’époque.

Q : Pourquoi Renault a-t-il choisi la R4 pour ses expérimentations électriques ?
R : La Renault 4 était le symbole de la voiture populaire française par excellence. Choisir ce modèle pour les essais électriques était un choix à la fois pratique — carrosserie accessible, structure simple — et symbolique : démontrer que le véhicule électrique pouvait être une réalité pour tous les Français.

Q : Quel était le rôle d’EDF dans le développement de la R4 électrique ?
R : EDF était un partenaire central du projet. Le géant de l’énergie cherchait à développer des débouchés pour son électricité, notamment en favorisant la recharge nocturne des véhicules. Le partenariat Renault-EDF a produit plusieurs prototypes tout au long des années 1970 et 1980, bien au-delà du seul projet R4.

Q : La R4 électrique de 1972 a-t-elle jamais été vendue au public ?
R : Non. Le modèle de 1972 est resté un prototype expérimental et n’a jamais été commercialisé. Il s’agissait d’un démonstrateur technologique destiné à explorer la faisabilité d’un véhicule électrique de série, sans vocation commerciale immédiate.

Q : Quel lien y a-t-il entre la R4 de 1972 et la nouvelle Renault 4 électrique de 2024 ?
R : Le lien est à la fois symbolique et historique.