Ils ont peuplé les chambres d’enfants pendant des générations. Ils ont recréé les plus grandes batailles de l’Histoire sur les tapis et les parquets. Le soldat de plomb est bien plus qu’un simple jouet. C’est un objet de mémoire, une œuvre d’art miniature et le témoin d’une histoire industrielle fascinante. De l’Allemagne des maîtres-étainiers à l’âge d’or des fabricants français, nous vous invitons à découvrir la grande épopée de ces figurines qui continuent de faire rêver les collectionneurs du monde entier. Cette histoire est celle d’une incroyable créativité.
Aux origines de la figurine
L’idée de représenter des guerriers en miniature ne date pas d’hier. Les archéologues ont retrouvé de petites figurines militaires dans les tombes de l’Égypte ancienne. Les enfants romains jouaient déjà avec des personnages en terre cuite ou en bronze. Ces objets restaient cependant des pièces uniques et coûteuses, réservées à une élite. Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour voir naître une véritable production en série. La ville de Nuremberg, en Allemagne, devint le berceau de cette nouvelle industrie.
Les artisans locaux, passés maîtres dans le travail de l’étain, eurent une idée de génie. Ils créèrent des moules en ardoise pour couler des figurines plates, économiques et rapides à produire. Le « plat d’étain » était né. Ces figurines, souvent hautes de 30 mm, étaient légères et relativement peu détaillées sur les côtés. Elles permettaient cependant de créer de vastes armées à moindre coût. L’empereur Napoléon Ier lui-même en posséda une collection impressionnante, qu’il utilisait pour visualiser ses stratégies militaires. Le succès fut immédiat et dépassa largement les frontières de l’Allemagne.
La révolution française de la ronde-bosse
La France entre véritablement dans l’histoire du soldat de plomb à la fin du XVIIIe siècle. C’est à Paris que la figurine va prendre du volume et du relief. Des artisans comme Lucotte créent les premières figurines en « ronde-bosse », c’est-à-dire en trois dimensions. Elles sont plus lourdes, plus chères, mais aussi beaucoup plus réalistes. Le niveau de détail atteint un nouveau sommet. On peut admirer l’équipement, les expressions des visages et la finesse des uniformes. Ces pièces sont alors coulées en plomb, un métal plus malléable et moins cher que l’étain.
La véritable institution française du soldat de plomb naît en 1825. Cuperly, Blondel et Gerbeau fondent une maison qui deviendra célèbre sous le nom de CBG Mignot. Installée à Paris, l’entreprise rachète son concurrent Lucotte en 1899. Elle s’impose rapidement comme la référence absolue de la figurine de collection haut de gamme. Sa marque de fabrique est un souci maniaque du détail et de l’authenticité historique. L’entreprise collabore avec des peintres et des historiens militaires pour garantir l’exactitude des uniformes, des couleurs et des postures. Les armées du Premier et du Second Empire deviennent ses sujets de prédilection. CBG Mignot ne se contente pas de vendre des soldats. Elle propose de véritables dioramas et des scènes complètes, comme le Sacre de Napoléon ou la revue de Longchamp.
L’ingéniosité anglaise : Britains et le creux de la vague
Pendant que la France excelle dans la figurine de luxe, l’Angleterre cherche à démocratiser le soldat de plomb. En 1893, William Britain Junior, fils d’un fabricant de jouets londonien, invente un procédé révolutionnaire : le moulage en creux (hollow casting). En injectant le métal en fusion dans le moule puis en le vidant aussitôt, il obtient une figurine vide à l’intérieur. Le résultat est spectaculaire. Les soldats sont beaucoup plus légers et consomment bien moins de métal. Ils deviennent donc bien moins chers à produire et à vendre.
Cette innovation permet à la marque Britains de conquérir le marché mondial. Ses figurines, à l’échelle standard de 54 mm (soit 1/32e), représentent principalement les troupes de l’Empire britannique. Les célèbres « Highlanders » écossais, les lanciers du Bengale ou les gardes de la Reine sont emballés dans d’emblématiques boîtes rouges qui feront le bonheur de millions d’enfants. Britains crée un univers complet avec des civils, des animaux de la ferme et des accessoires variés. Le soldat de plomb devient un jouet populaire et accessible.
L’après-guerre et la valse des matières
Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie du jouet connaît de profondes mutations. Le plomb, dont la toxicité est désormais reconnue, est progressivement abandonné. De nouveaux matériaux apparaissent, plus modernes et moins coûteux. En France, de nouvelles marques voient le jour et rivalisent de créativité.
Starlux, fondée en 1946 en Dordogne, devient l’un des plus grands producteurs français. L’entreprise utilise d’abord un mélange de plâtre et de colle (le « plasto-gomme ») avant de passer au plastique. Starlux se distingue par la diversité de ses gammes. Aux côtés des traditionnels soldats napoléoniens, on trouve des chevaliers, des Romains, des cow-boys et des Indiens. La marque produit aussi de nombreuses figurines sur le thème du Tour de France, des animaux ou des personnages de contes de fées. Son style est reconnaissable, avec des couleurs vives et des poses dynamiques.
Quiralu, basée à Luxeuil-les-Bains, se spécialise dans les figurines en aluminium. Plus légères et incassables, elles connaissent un grand succès dans les années 50 et 60. Quiralu est célèbre pour ses cyclistes du Tour de France, mais aussi pour ses superbes séries sur l’armée française moderne, l’histoire ou le Far West. La finesse de la gravure et la qualité de la peinture en font des objets très recherchés aujourd’hui.
D’autres fabricants comme JEM (Jouets et Modèles) ou Clairet participent à cette effervescence. Ils explorent de nouvelles thématiques et adoptent le plastique, qui permet une production de masse à très bas prix. Cette période marque l’apogée du soldat de plomb en tant que jouet de grande consommation. Il trône en bonne place sur les listes de cadeaux de Noël et anime les après-midis de jeu.
Le déclin et le renouveau par la collection de soldats de plomb
L’arrivée des jeux vidéo et des nouvelles figurines articulées dans les années 70 et 80 porte un coup sévère aux fabricants traditionnels. Les entreprises historiques comme Starlux ou Quiralu périclitent ou disparaissent. Le soldat de plomb semble condamné à n’être plus qu’un souvenir nostalgique.
C’était sans compter sur la passion des collectionneurs. Le soldat de plomb entame une seconde vie. Il quitte le coffre à jouets pour rejoindre les vitrines des passionnés. Des artisans et de petites maisons d’édition perpétuent le savoir-faire traditionnel, créant des pièces de haute qualité pour un public d’amateurs éclairés. Le marché de l’occasion explose. Les collectionneurs recherchent les pièces rares, les boîtes d’origine et les productions des marques disparues. Le soldat de plomb n’est plus un jouet, mais un objet de patrimoine. Il raconte une histoire technique, artistique et sociale, celle d’un monde où l’imagination se nourrissait de ces petites silhouettes immobiles.
FAQ : Les soldats de plomb pour les collectionneurs
Q : Comment reconnaître un soldat de plomb de valeur ? R : Plusieurs critères entrent en jeu : la rareté du modèle, son état de conservation (peinture d’origine, absence de casse), la réputation du fabricant (CBG Mignot et Quiralu sont très cotés) et la présence de la boîte d’origine, qui peut multiplier la valeur par deux ou trois. Les marquages sous le socle sont aussi un indice précieux.
Q : Les « soldats de plomb » sont-ils vraiment en plomb ? R : Le terme est resté, mais la composition a beaucoup varié. Les premières figurines allemandes étaient en étain. Les rondes-bosses françaises du XIXe siècle étaient souvent en alliage de plomb et d’antimoine. Après 1945, par souci de sécurité et de coût, les fabricants ont utilisé l’aluminium (Quiralu), des composites (Elastolin en Allemagne), puis majoritairement le plastique (Starlux).
Encore à savoir sur les soldats de plomb
Q : Quelle est la différence entre un plat d’étain et une ronde-bosse ? R : Le plat d’étain est une figurine en deux dimensions, très fine, conçue pour être vue de face. La ronde-bosse est une figurine en trois dimensions, détaillée sous tous les angles. C’est la transition de l’un à l’autre qui a marqué le début de l’âge d’or du soldat de plomb en France.
Q : Comment débuter une collection de soldats de plomb ? R : Il est conseillé de se spécialiser sur un thème, une époque ou un fabricant pour ne pas s’éparpiller. Commencez par des pièces courantes pour vous faire l’œil. Fréquentez les brocantes, les bourses de collectionneurs et les sites de vente spécialisés. N’hésitez pas à acheter des livres sur le sujet pour apprendre à identifier les pièces.
Q : Comment nettoyer et entretenir ses figurines anciennes ? R : La prudence est de mise ! Pour les figurines en métal, un simple dépoussiérage au pinceau doux suffit. Évitez absolument l’eau ou les produits chimiques qui pourraient endommager la peinture d’origine. Pour les figurines en plastique, un chiffon très légèrement humide peut être utilisé, mais toujours avec précaution. L’idéal est de les conserver à l’abri de la lumière directe et de la poussière, dans une vitrine.
