Twingo I, icône automobile des années 90

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L’année 1992 touche à sa fin dans une ambiance morose. La crise économique guette et le paysage automobile français semble se complaire dans des teintes grises et des lignes anguleuses. C’est alors, au Mondial de l’Automobile de Paris, qu’un petit ovni coloré vient bousculer tous les codes établis. Elle s’appelle Twingo I. Son nom claque comme une promesse de fête.

Vingt ans après sa sortie, ce véhicule atypique ne se contente pas d’avoir marqué l’histoire industrielle de Renault, au même titre que la R 5 ou encore de la 4 L. Cette voiture atypique mais populaire est devenue le symbole d’une époque où l’audace primait sur le conformisme. Retour sur la genèse et la carrière d’une citadine qui a su, littéralement, inventer la vie qui va avec.

Un choc visuel dans la grisaille ambiante

Le premier contact avec la Renault Twingo I est avant tout visuel. Oubliez les capots longs et les coffres proéminents des berlines traditionnelles. Le designer Patrick Le Quément a osé le pari fou du monocorps à l’échelle d’une micro-citadine.

La silhouette dessine une ligne continue du pare-chocs avant jusqu’au toit. Cette forme inédite lui confère une allure de petite fusée spatiale domestiquée. Mais c’est surtout son « visage » qui interpelle le public dès le premier regard. Deux phares ronds et proéminents encadrent une prise d’air souriante. La voiture ne se contente pas d’être fonctionnelle. Elle vous regarde. Elle vous sourit.

Renault fait alors un choix marketing radical pour le lancement. Pas de blanc, pas de gris métallisé, pas de noir. La palette de lancement impose quatre teintes opaques et saturées. Le bleu outremer, le rouge corail, le vert coriandre et le jaune indien envahissent les rues.

Cette stratégie audacieuse transforme immédiatement le paysage urbain français. Croiser une Twingo, c’est recevoir une injection de vitamines visuelles. Elle devient instantanément la coqueluche des étudiants, des jeunes mamans et des créatifs. On ne l’achète pas seulement pour se déplacer. On l’achète pour afficher un état d’esprit positif et décalé.

L’intérieur : un loft de poche

Si l’extérieur séduit par sa bonhomie, l’intérieur provoque une véritable révolution d’usage. L’habitacle de la Twingo I est une leçon d’architecture intérieure. Les roues sont repoussées aux quatre coins de la carrosserie. Cela libère un espace habitable tout simplement stupéfiant pour une voiture de 3,43 mètres.

L’arme secrète de la petite Renault réside dans sa banquette arrière. Celle-ci coulisse sur 17 centimètres. Ce mécanisme simple change tout. Vous avez des amis basketteurs à transporter ? Reculez la banquette à fond et ils auront autant de place que dans une limousine de luxe. Vous revenez du supermarché avec les courses du mois ? Avancez la banquette et le coffre double de volume.

Mais l’anecdote que toute la génération 90 garde en mémoire concerne la modularité totale des sièges. En retirant les appuie-têtes et en inclinant les dossiers avant et arrière à l’horizontale, l’habitacle se transforme en lit double. Cette fonctionnalité a alimenté bien des légendes urbaines et des souvenirs de festivals. La Twingo devient « le camping-car du pauvre« , le refuge des amoureux et la chambre d’appoint des fêtards.

La planche de bord participe aussi à ce minimalisme joyeux. Pas de compteurs à aiguilles face au conducteur. Tout est regroupé dans un écran central digital qui affiche la vitesse en gros chiffres verts. Les commandes de ventilation, vert pomme elles aussi, ressemblent à des jouets. C’est basique, c’est plastique, mais c’est fantastique de cohérence.

Sous le capot : de la robustesse avant tout

La première mouture de la Twingo ne cherche pas la performance pure. Renault a dû faire des économies pour proposer un prix d’appel attractif (55 000 francs à l’époque). On retrouve donc sous le petit capot le vénérable moteur « Cléon-Fonte ».

Ce bloc moteur équipait déjà la 4L ou la R8 dans les années 60. Il est bruyant, il consomme un peu trop pour sa cylindrée, mais il est increvable. Cette mécanique rustique, avec sa distribution par chaîne, demande un entretien minimal. C’est l’allié idéal des jeunes conducteurs peu fortunés ou peu soigneux.

La conduite d’une Twingo de 1993 est une expérience sensorielle brute. La direction n’est pas assistée sur les premiers modèles. Les créneaux demandent un peu de biceps (« ça fait les bras », disait-on). L’insonorisation est légère.

Pourtant, la magie opère dès les premiers tours de roue. La visibilité périphérique est excellente grâce aux immenses surfaces vitrées. La voiture braque dans un mouchoir de poche. Elle se faufile dans les embouteillages avec une agilité de félin. En 1996, l’arrivée du moteur D7F, plus moderne et plus souple, apportera la polyvalence qui lui manquait pour affronter l’autoroute sereinement.

Une saga de collections et de séries limitées

Renault a compris très vite que la Twingo fonctionnait comme un accessoire de mode. Pour maintenir l’intérêt, la marque au losange a calqué son calendrier industriel sur celui du prêt-à-porter. Le constructeur lance le concept des « collections ».

Tous les deux ans environ, la Twingo change de garde-robe. Les tissus des sièges, les boutons de commande, les teintes de carrosserie et les enjoliveurs sont renouvelés. On parle de la « Collection 1 » pour les modèles originaux, jusqu’à la « Collection 7 » pour les ultimes versions de 2007.

Les séries limitées deviennent des objets de culte. La plus emblématique reste sans doute la Twingo Kenzo lancée en 1995. Le célèbre couturier habille la citadine d’un bleu nuit ou d’un rouge nacré, et parsème l’habitacle de motifs floraux. C’est le chic parisien accessible à tous.

D’autres versions marquent les esprits, comme la Twingo Kiss Cool (fraîcheur garantie), la luxueuse Initiale (avec ses sièges en cuir, un comble de snobisme délicieux dans une si petite auto) ou la version Helios et son immense toit ouvrant en toile. Ce toit panoramique est d’ailleurs une option très recherchée aujourd’hui, transformant la voiture en quasi-cabriolet dès les premiers rayons de soleil.

La Twingo et la culture populaire

La petite Renault a transcendé son statut d’objet industriel pour devenir une icône culturelle. Elle est le symbole de la « voiture à vivre », slogan cher à la marque. Les publicités de l’époque, souvent décalées et humoristiques, mettaient en scène non pas la vitesse, mais la vie à bord.

Elle a accompagné l’émancipation de millions de jeunes conducteurs. C’était souvent la première voiture, celle qu’on récupérait des parents ou qu’on s’offrait après le premier job d’été. Elle a connu les déménagements tétris, les retours de boîte de nuit bondés et les premiers départs en vacances sans les parents.

Son capital sympathie est tel qu’elle n’a jamais vraiment vieilli. Contrairement à certaines de ses concurrentes de l’époque qui paraissent aujourd’hui ringardes, la Twingo I conserve une fraîcheur intemporelle. Son design, dicté par la fonction mais traité avec poésie, a rejoint le panthéon du design industriel français, aux côtés de la cocotte-minute SEB ou du stylo Bic.

Le phénomène Youngtimer : la revanche de la grenouille

Aujourd’hui, la Twingo I entre par la grande porte dans le monde de la collection. Les premiers modèles, ceux de 1993 avec leurs clignotants orange et leurs teintes pastel sans options, s’arrachent entre passionnés.

Pourquoi cet engouement soudain ? C’est le cycle naturel de la nostalgie. La génération qui a grandi à l’arrière d’une Twingo a aujourd’hui le pouvoir d’achat et l’envie de retrouver les sensations de son enfance. De plus, sa simplicité mécanique en fait une porte d’entrée idéale dans le monde de la voiture ancienne. On peut réparer une Twingo avec une caisse à outils basique et quelques tutoriels.

Les prix, autrefois au ras des pâquerettes, commencent à grimper pour les exemplaires en parfait état d’origine. C’est le moment ou jamais de redécouvrir cette petite boîte à malice avant qu’elle ne devienne intouchable. La Twingo I n’est pas juste une vieille occasion. C’est un morceau de patrimoine, un sourire sur quatre roues qui nous rappelle qu’une voiture peut être simple, joyeuse et géniale.

Alors, si vous croisez une Twingo jaune indien au détour d’une rue, ne soyez pas surpris si elle vous arrache un sourire. C’était sa mission en 1993, et elle l’accomplit encore parfaitement aujourd’hui.


FAQ : Tout savoir sur la Renault Twingo I

Pourquoi s’appelle-t-elle Twingo ?

Le nom est une contraction ingénieuse de trois danses qui évoquent le mouvement et la joie : le Twist, le Swing et le Tango. Un nom qui annonçait la couleur dynamique du projet.

Quelle est la meilleure version à collectionner ?

Pour les puristes, une « Collection 1 » (1993-1994) dans une couleur vive (jaune indien ou vert coriandre) est le Graal absolu. Pour ceux qui veulent rouler tous les jours, une version post-1998 avec le moteur 1.2 16V et la climatisation offre un meilleur compromis confort/modernité.

Est-il vrai qu’on peut dormir dedans ?

Absolument. C’était un argument de vente officieux mais réel. En avançant les sièges avant au maximum, en retirant les appuie-têtes et en abaissant tous les dossiers, on obtient une surface plane (bien que bosselée) qui permet de s’allonger intégralement.

Quels sont les points faibles à surveiller avant achat ?

La rouille est l’ennemie principale, notamment au niveau des bas de caisse et du berceau moteur (« le berceau », pièce maîtresse du châssis avant). Vérifiez aussi l’étanchéité du toit ouvrant en toile s’il est présent, car il a tendance à rétrécir et durcir avec les années.

Combien coûte une belle Twingo I aujourd’hui ?

La cote est très variable. Une « bête de somme » fatiguée se trouve encore pour quelques centaines d’euros. En revanche, un très bel exemplaire de première génération, peu kilométré et strictement d’origine, peut désormais dépasser les 4000 ou 5000 euros.