Vinyle années 60 en France : l’âge d’or du 45 tours

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Certains 45 tours français de juke-box sont parfois recherchés aussi.

Au tournant des années 60, la France du Général de Gaulle vit encore au rythme d’une chanson traditionnelle. Les vedettes installées comme Tino Rossi ou Charles Trenet occupent le paysage sonore. Mais sous le vernis de cette société respectable, une vague immense se prépare à déferler. Avec l’essor des vinyles dans les années 60 en France, une nouvelle génération, née après la guerre et avide de nouveauté, cherche sa propre voix, sa propre musique, ses propres idoles. Cette révolution aura un nom, le « yé-yé », et un totem, un petit disque de plastique noir à la vitesse frénétique : le 45 tours. Bien plus qu’un simple format, ce disque est devenu le catalyseur et la bande-son de l’émancipation de toute la jeunesse française.

Un objet à l’image de sa génération

Pour comprendre l’impact du 45 tours, il faut le comparer à son grand frère, le 33 tours. L’album, le « Long Play », est un objet sérieux. Il est cher, fragile, et s’écoute religieusement sur la grosse chaîne Hi-Fi du salon familial. C’est la musique des parents. Le 45 tours, lui, est tout le contraire. Petit, léger, et surtout bon marché, il coûte le prix de quelques semaines d’argent de poche. Il ne contient qu’un ou deux titres par face, l’essentiel, le « tube » que l’on vient d’entendre à la radio.

Sa pochette en papier glacé, illustrée d’une photo en couleur de la nouvelle idole – Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Claude François – devient un objet iconique. On l’achète autant pour la musique que pour l’image. Ce disque n’est pas fait pour être rangé précieusement dans une discothèque. Il est fait pour être transporté, échangé avec les copains, empilé sur un électrophone. C’est aussi le premier bien culturel que cette génération peut s’approprier massivement, sans l’aval ou le budget des parents. Enfin, le disque 45 tours incarne la vitesse, l’immédiateté et l’énergie d’une jeunesse qui ne veut plus attendre.

Le Teppaz : la machine à liberté

L’autre acteur majeur de cette révolution est un petit appareil au look moderniste : l’électrophone portable Teppaz. Cette petite valise colorée, qui intègre platine, amplificateur et haut-parleur, est le cadeau rêvé de tous les adolescents de l’époque. Grâce à lui, la musique s’échappe enfin du salon. Elle devient nomade et personnelle. On l’emporte dans sa chambre pour écouter en boucle le dernier succès de Sheila. On l’amène dans les caves pour organiser des « surprises-parties », ces fameuses boums où l’on danse le twist et le madison.

Le Teppaz n’est pas un appareil audiophile. Son son est criard et sans basses, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. On lui demande d’être fort, d’être simple et d’être là où la jeunesse se retrouve. Le duo formé par le 45 tours et le Teppaz offre à cette génération son premier espace d’intimité sonore, loin du contrôle parental. C’est dans le huis clos de la chambre que se forgent les goûts et que s’expriment les premières émotions adolescentes. Ceci, avec pour seule compagnie la voix des idoles qui crachote depuis le haut-parleur.

Le juke-box et Salut les Copains : les nouveaux faiseurs de rois

La diffusion de cette nouvelle musique ne se limite pas à la sphère privée. Dans les cafés, les bars, les foyers, un autre totem musical trône : le juke-box. Pour le prix d’une pièce, on peut choisir son morceau et le diffuser à la vue de tous. Le juke-box transforme l’écoute en un acte social et public. Il devient le point de ralliement de la jeunesse, le lieu où l’on découvre les nouveautés et où l’on affirme ses préférences musicales.

Un phénomène médiatique sans précédent va jouer un rôle majeur : Salut les Copains. D’abord émission de radio sur Europe 1, animée par Daniel Filipacchi et Frank Ténot, elle devient le programme culte de toute une génération. L’émission diffuse en boucle les titres de la nouvelle vague et utilise un ton complice, qui parle directement aux jeunes. Le succès est tel qu’on va lancer un magazine du même nom en 1962. Il devient la bible du mouvement yé-yé, avec ses photos en pleine page des « copains » et des « copines ». Il contient aussi ses interviews et son fameux « chouchou ». Un passage dans l’émission ou un article dans le magazine garantit des ventes de 45 tours par centaines de milliers. Salut les Copains n’accompagne pas le mouvement, il le crée, en fabriquant une mythologie et en dictant les tendances.

La nouvelle économie du « tube » dans les années 60 en France avec le vinyle 45 T

Le 45 tours impose un modèle économique totalement nouveau à l’industrie du disque. L’ère des carrières longues et patientes est révolue. Place à la culture de l’instant, à la dictature du « tube ». Les maisons de disques signent de jeunes artistes et testent le marché avec un premier 45 tours de deux ou quatre titres (un EP, ou « Super 45 tours »). Si le succès est au rendez-vous, on en produit d’autres à un rythme effréné. Un chanteur comme Claude François pouvait sortir plusieurs 45 tours par an.

Cette économie favorise une musique directe, efficace, avec des refrains faciles à mémoriser. C’est l’âge d’or des paroliers et compositeurs de l’ombre, qui travaillent à la chaîne pour fournir des succès aux nouvelles vedettes. Le 45 tours est un produit de consommation rapide. Dans les années 60 en France, le disque vinyle 45 tours s’achète sur un coup de cœur et se remplace par le prochain tube quelques semaines plus tard. Il a installé une nouvelle temporalité dans la musique, celle de la mode et de l’actualité permanente.


FAQ : Plongée dans les vinyles des années 60 en France

Q : D’où vient le terme « yé-yé » ?

R : C’est le sociologue Edgar Morin qui va populariser ce terme dans un article du journal Le Monde en 1963. Il est directement inspiré des exclamations « Yeah ! Yeah !« . Ces exclamations étaient très fréquentes dans les chansons de pop anglaise et de rock américain de l’époque, que les artistes français reprenaient dans leurs adaptations. C’était au départ un terme un peu moqueur, qui est finalement devenu l’étendard de tout le mouvement.

Q : Tous les 45 tours des années 60 sont-ils recherchés par les collectionneurs ?

R : Non, pas forcément. Les tubes de Johnny Hallyday, Claude François ou Sheila ont été pressés à des millions d’exemplaires. Ils sont donc très courants et peu chers. En revanche, les collectionneurs recherchent les premiers 45 tours d’artistes avant qu’ils ne soient connus. Ils cherchent aussi les éditions promotionnelles rares, les versions avec des pochettes alternatives, ou les disques de groupes plus confidentiels qui n’ont pas eu de succès à l’époque.

Q : Quel a été le rôle des adaptations dans le succès du yé-yé ?

R : Un rôle absolument central. Une grande partie des premiers tubes yé-yé étaient des adaptations en français de succès anglo-saxons. « L’école est finie » de Sheila est adapté d’un titre américain, « Biche ô ma biche » de Frank Alamo vient des Searchers, et Johnny Hallyday a adapté d’innombrables pionniers du rock ‘n’ roll. C’était une manière rapide et efficace de proposer à la jeunesse française des chansons dans l’air du temps, avec un son moderne mais des paroles qu’elle pouvait comprendre et s’approprier.